Vestfirðir jour 7 : Dýrarfjörður - Flateyri - Ísafjörður - Bolungarvík      

Samedi 11 juin.

Nous sommes invités à prendre le petit déjeuner à la ferme d'Alviðra où habitent les propriétaires, à deux cents mètres de la maison où nous avons été logés tous seuls.

Nous arrivons à pied par la petite route, nous nous déchaussons devant la porte et Jóna, la fermière, nous accueille dans sa salle à manger encombrée de petits meubles et de bibliothèques.

En bonne place sur les rayonnages figurent bien sûr les œuvres de Halldór Laxness et la collection complète des Sagas islandaises !

A la ferme d'Alviðra, chez Jóna Björk Kristjánsdóttir et Helgi Árnason
Nous aimons beaucoup ces petits déjeuners dans les fermes, mais pas seulement pour ce qu'on y mange ! C'est aussi le moment le plus propice pour entrer en contact avec les islandais.
Le soir, à l'heure de l'arrivée, ce n'est pas le meilleur moment : une certaine réserve est de mise ... (pour ne pas dire une réserve certaine). Vous n'êtes pas en Provence, ici ! De plus, à ces heures-là, vos hôtes sont généralement trop occupés pour avoir le temps de discuter.
En revanche, le lendemain matin, c'est déjà la deuxième fois qu'on vous voit, et le breakfast est préparé et servi par la fermière qui dispose d'un peu plus de temps à vous consacrer.
Certains voyageurs nous disent parfois que c'est difficile d'engager la conversation ... Nous ne l'avons jamais ressenti comme cela, alors si - comme nous - vous ne souhaitez pas "voyager dans une bulle", c'est peut-être l'occasion de vous donner ici notre sentiment sur la question ...

Bien sûr, il faut être capable de s'exprimer un minimum en anglais, mais pas besoin d'avoir un anglais parfait pour pouvoir communiquer. Les islandais parlent pratiquement tous anglais, mais ils font des fautes, eux aussi ...

A votre arrivée, ne ratez surtout pas le premier test ! Quittez vos chaussures dès le seuil de la maison et sans qu'on vous le demande (et on ne vous le demandera certainement pas). Entrer avec les chaussures constituerait la première erreur fatale qui vous disqualifierait immanquablement pour la suite ...

Toujours sans qu'on vous le demande (et on ne vous le demandera certainement pas ...) déclarez que vous avez merveilleusement bien dormi, que vous venez de France, que vous êtes heureux d'être en Islande et particulièrement dans cet endroit enchanteur ...
Et à moins que le temps ne soit complètement épouvantable (tempête furieuse), n'hésitez pas à ajouter « ... par ce beau temps ! »
Vous avez rompu la glace ... C'est le moment d'avancer vos meilleures cartes :
  • Annonce : complimentez la maîtresse de maison sur les lieux, la vue, le fjord, la cascade, tout ce que vous trouverez de valorisant à des kilomètres à la ronde, mais aussi et surtout sur sa maison et son jardin (souvent fleuri en été ...)
    Vous allez enfin pouvoir caser ici la célèbre phrase-type de la Méthode Assimil : « Your flowers are beautiful ! »

  • Atout majeur : Dans l'entrée, le salon ou la salle à manger, si vous avez repéré un arbre généalogique affiché au mur, (c'est fréquent, les islandais étant passionnés de généalogie), allez l'examiner de près et complimentez la famille qui a une telle connaissance de ses ancètres aussi éloignés ...

  • Atout cœur : extasiez-vous et complimentez la famille sur les photos de bébés qui ornent les murs (il y en a presque toujours). Succès garanti car les enfants sont rois en Islande (un jour à la ferme de Stóra-Vatnsskarð dans le Nord de l'Islande, nous avons compté pas moins de quatorze grandes photos de bébés dans la salle à manger ! Tous les portraits des bébés de la famille).

  • Atout maître : Enfin, si vous avez vu dans la bibliothèque des livres que vous connaissez, ce sera un autre excellent moyen d'entrer en connivence. La lecture et les livres sont sacrés en Islande. S'il s'agit des Sagas, si vous en avez lu certaines et pouvez y faire référence, vous voilà porté en quelques minutes au plus haut niveau de l'estime chez vos hôtes !

A partir de là, la convivialité fait le reste, tout devient possible et les discussions ne tardent pas à s'engager, souvent passionnantes, sur le mode de vie de vos hôtes, leur été, leur hiver, leur métier, etc ...

Bien entendu, commenter positivement les délices du buffet du petit déjeuner ne pourra qu'améliorer le contact.

En cliquant ici vous aurez au contraire la recette parfaite pour n'avoir aucun contact et passer pour des gougnafiers.

La ferme d'Alviðra était déjà là il y a mille ans et son nom n'a pas changé. On dit que le premier "colon" qui s'est installé ici, au temps de la découverte de l'Islande, était l'un des fils du roi de Norvège, Harald à la Belle Chevelure. On sait par ailleurs que ce sont souvent des chefs de clans bannis de Norvège ou fuyant la tyrannie du roi Harald qui se sont installés en pionniers en Islande au 9ème siècle, aux temps héroïques relatés dans le Landnámabók ("le Livre de l'occupation de la terre"). Sans doute ce premier fermier d'Alviðra était-il en conflit avec le roi, son père tyrannique.
Dýrarfjörður - Flateyri - Ísafjörður - Bolungarvík

Cliquer sur la carte pour l'agrandir (pleine page)
C'est donc après un bon et convivial breakfast que nous quittons la ferme d'Alviðra vers 9 heures.

Notre périple d'aujourd'hui n'est pas bien long car nous sommes attendus ce soir à Ísafjörður.

Il fait assez beau, nous allons donc pouvoir prendre notre temps, parcourir les hautes landes de Gemlufallsheiði, visiter l'Önundarfjörður, faire un tour à Flateyri, puis passer dans l'étroit Súgandafjörður jusqu'à Suðureyri; aller à Bolungarvík et même jusqu'à la baie perdue de Skálavík, pour enfin finir la journée à Ísafjörður, la "grande ville" (4000 h), la métropole régionale, la capitale des "Vestfirðir" !

Tout près d'Alviðra (on peut y aller à pied), nous faisons une première halte matinale à Núpur. Ici se trouvait un pensionnat religieux et une église dont le révérend-père, Sigtryggur Guðlaugsson, était un passionné d'horticulture.
Il a créé ici en 1905 un parc arboré et un jardin expérimental, "Skrúður", qui constituaient aussi un terrain d'études pour les élèves du pensionnat. Sigtryggur souhaitait acclimater en Islande des plantes qui n'y poussaient pas. Il était en particulier un fervent promoteur de la culture de la pomme de terre, dont il estimait qu'elle aurait pu sauver l'Islande des grandes famines du passé.

L'école et le pensionnat ont fonctionné jusqu'en 1992, ils sont actuellement transformés en hôtel d'été. L'église est toujours là, bien sûr.

Non, ce ne sont pas des défenses de mammouth qui constituent cet étonnant portail d'entrée, ce sont des mandibules de baleine !
Skrúður
Skrúður
Skrúður
Après le jardin de Skrúður, la route 624 passe devant la ferme de Mýrar ("les marais"). Cette ferme exploite la plus importante colonie d'eiders d'Islande : plus de 7000 couples reviennent y nicher chaque été. Cette fidélité qui tient sans doute à l'absence de prédateurs est une aubaine pour le fermier car le duvet d'eider est le plus précieux du monde : il peut valoir jusqu'à 1000 euros le kilo.

Avec certains égards, on peut prélever dans les nids une partie du duvet que Mesdames eiders s'arrachent de la poitrine pour couver leurs oeufs et assurer ensuite le confort de leurs poussins. Mais chaque nid ne contient que 20 à 25 grammes de duvet et on ne peut en prélever que la moitié pour ne pas décourager la future mère de famille ... Il faut donc une centaine de nids pour prélever impunément un kilo de duvet par saison.
Eiders (les mâles sont les noirs et blancs)
Nous retrouvons ensuite la route 60 (goudronnée) pour franchir les hautes landes des Gemlufallsheiði. La route ne s'élève qu'à 283 mètres pour passer d'un fjord à l'autre, mais on se croirait pourtant en haute montagne. Ce passage est évoqué à plusieurs reprises dans la Saga de Gísli Súrsson.
Nous franchissons le col dans le brouillard en devinant à peine les congères de neige de part et d'autre de la route mais nous retrouvons vite le beau temps en descendant vers le Önundarfjörður.

Sur la rive Nord de ce fjord, l'arrivée à Flateyri (route 64) est signalée par de grands sèchoirs à poissons. Ne dites surtout pas aux Islandais que ça sent mauvais : ils vous diront "Pas du tout ! c'est l'odeur de l'argent !!!" (quand on pense qu'en France un proverbe dit "L'argent n'a pas d'odeur" !)
Flateyri
Flateyri
En arrivant dans ce village construit sur une langue de terre qui s'avance dans le fjord, on ne croirait pas qu'une avalanche y a causé un drame il y a quelques années ...
Le site était habité depuis des siècles, mais les anciens savaient que les bas de versants étaient dangereux. Ils avaient eu la sagesse de ne bâtir leurs maisons que sur la presqu'île qui s'avance dans le fjord. Mais à l'époque contemporaine, la population ayant augmenté, le village s'est agrandi en occupant des terrains situés au pied de la montagne.

Le 26 octobre 1995, dans une tempête de neige qui durait depuis plusieurs jours, une avalanche a balayé tout un quartier du village et tué vingt personnes.

Désormais, le village est protégé par un énorme barrage anti-avalanche que l'on voit bien sur la photo aérienne ci-contre, empruntée au site http://www.flateyri.is
http://www.flateyri.is/images/frettir/FlatMats3.jpg

Le Önundarfjörður se distingue des fjords voisins par ses belles plages de sable doré. Sur les berges, il paraît que les eaux peu profondes se réchauffent plus vite qu'ailleurs, et ces lieux sont réputés pour les bains de mer. Nous n'avons pas essayé ...

Flateyri est un très ancien comptoir commercial. Au 19ème siècle et jusqu'en 1901 une station baleinière norvégienne y était installée. Les baleines franches de la mer du Groenland étaient chassées essentiellement pour leur graisse qu'on faisait fondre sur place. L’huile obtenue, conditionnée en barils, était un produit de qualité dont toute l’Europe était consommatrice. Elle servait pour la fabrication du savon, mais surtout pour l’éclairage urbain en plein développement dans les capitales.
De Flateyri nous rejoignons la route 60 pour aller vers Ísafjörður. Le col qui permet de passer d'un fjord à l'autre (Breiðadalsheiði) était un des plus redoutables de la région, fermé une bonne partie de l'année et dangereux même en été. Mais depuis 1995 un long tunnel permet le passage en toutes saisons.

Ce tunnel de plus de 9 km, le "Breiðadals og Botnsheiðar jarðgöngin", est très particulier puisqu'il possède trois branches en forme de "Y", avec un carrefour souterrain au milieu. Le passage y est assez impressionnant en raison de l'éclairage parcimonieux et de la voie unique sur une partie des 9 km du trajet souterrain. Dans la partie à voie unique, quand un véhicule arrive en face on doit se garer dans le prochain refuge pour se croiser. Heureusement, il n'y a quasiment personne ... !

Arrivés à la fourche souterraine, nous décidons de prendre à gauche pour aller faire un tour à Suðureyri ...
A la sortie du tunnel, on débouche au fond du Sugandafjörður. Jusqu'à l'ouverture du tunnel en 1995, ce petit fjord étroit et encaissé était un des endroits les plus isolés d'Islande. La piste qui y donnait accès par le col des Botnsheiði était dangereuse et restait fermée neuf mois par an.

Le ciel est menaçant et la pluie ne tarde pas à tomber. La petite ville de Suðureyri s'allonge sur la rive gauche du fjord à l'endroit où la berge est un peu plus large. Ici, toute l'activité est liée à la pêche et si on en doutait l'odeur omniprésente du poisson nous le confirme. Nous aurions souhaité visiter l'usine de traitement et de congélation du poisson mais nous trouvons porte close. A la station-service on nous confirme que ce ne sera pas possible aujourd'hui car nous sommes samedi.
Sugandafjörður, route 65
Comme il est 13 heures et que la pluie glacée n'incite guère au pique-nique, on décide de garder nos provisions pour demain et de souscrire à la proposition de la gérante de la station-service qui nous sert deux beaux plateaux "Hamburger-frites-salade-bière". Décidément, dans ce village entièrement voué au poisson, nous n'aurons pas fait honneur à la pêche locale !

Au delà de Suðureyri, on continue sur la route 65 qui cesse d'être goudronnée et emprunte une étroite plate-forme taillée au pied de la falaise. La piste est exposée plein Nord et il y a encore des congères de neige un peu partout au pied de la roche. On ne doit pas passer facilement tous les jours ici en hiver ! Cette piste très ancienne conduit à la baie de Keravík et à la Vatnadalur, vaste vallée en auge où se trouvaient (et où se trouvent encore) les principales terres de pâturage du Sugandafjörður, exploitées par quelques fermes dont la plupart sont abandonnées aujourd'hui.
Revenus à Suðureyri, nous reprenons le tunnel à trois branches mais au carrefour souterrain nous tournons cette fois vers Ísafjörður.

A la sortie du tunnel une bonne surprise nous attend : la pluie a cessé et il fait presque beau !

Ísafjörður, avec ses 4000 habitants, est la "capitale" des Vestfirðir. Comme à Þingeyri et à Flateyri, la ville occupe une langue de terre ("eyri") qui s'avance dans le fjord, ce genre de site ayant permis l'implantation d'un port abrité en eau profonde et offrant par ailleurs une certaine sécurité par rapport aux avalanches, souvent dévastatrices au pied des versants.
Nous sommes ici dans le Skutulsfjörður ("fjord du harpon"), un petit fjord étroit et abrité qui se greffe sur l'immense Ísafjarðardjúp.
L'arrivée à Ísafjörður
Pour ce soir, n'ayant trouvé depuis la France aucune ferme où loger dans le secteur, nous nous sommes offert le luxe de réserver à l'hôtel Ísafjörður, en plein centre ville.
Nous ne sommes qu'en début d'après-midi mais nous passons nous enregistrer et déposer nos sacs dans cet établissement dont l'architecture quelque peu austère dissimule en fait un trois étoiles plutôt haut de gamme.

Un arrêt de courte durée car nous avons l'intention de continuer nos vagabondages dans les environs et de réserver la visite d'Ísafjörður pour la fin de journée.
Hôtel Ísafjörður
En partant vers le Nord, nous empruntons la route 61 qui est ici goudronnée et longe la rive du fjord. Quelques kilomètres plus loin, on passe devant le hameau de Hnifsdalur, au débouché d'une vallée extrêmement encaissée. Les versants sont ici presque à-pic et on imagine facilement à quel point ce lieu est exposé au risque d'avalanches en hiver. Bien que les habitations se tiennent aussi loin que possible des pieds de versants, en février 1910 une énorme avalanche a balayé plusieurs maisons et tué vingt personnes.
En continuant vers Bolungarvík la route passe sur une corniche extrêmement escarpée et étroite.
La dynamite a du faire des prodiges pour arriver au résultat confortable d'aujourd'hui, mais il paraît que jusqu'en 1949 il n'y avait qu'un sentier où on ne pouvait passer qu'à pied, et en deux endroits un cable permettait aux voyageurs de s'accrocher à la paroi !
Au passage le plus dangereux, une croix protège les voyageurs et rappelle les nombreuses vies humaines perdues dans ce passage en raison des avalanches ou des chutes de pierres.

En vue de Bolungarvík, nous faisons une halte au lieu-dit Ósvör. Sur la grève, plusieurs maisons traditionnelles restaurées permettent d'avoir une idée de ce que pouvait être une station de pêche au 19ème siècle.
Ósvör
Avant l'invention du ciré, les pêcheurs portaient des tenues entièrement faites en peau de mouton huilée (à l'huile de poisson, bien sûr !).
Ici, Finnbogi Bernódusson, le guide chargé de commenter les lieux, porte cette tenue intégrale, y compris les chaussures, mais étant donné qu'il n'a pas à affronter la mer déchaînée, il n'a pas huilé sa tenue depuis longtemps, épargnant aux visiteurs de se boucher le nez en l'approchant !

Le métier de marin-pêcheur reste encore aujourd'hui très dûr et dangereux, mais ceux de cette époque menaient une vie d'une rudesse qu'on a du mal à imaginer. Ils allaient chercher la morue et l'églefin dans de longues barques à rames, à la sortie du grand fjord Ísafjarðardjúp, dans la mer du Groenland.
La mer est nourricière mais elle n'a jamais donné ses biens facilement !
Ósvör
A l'intérieur d'une maison de pêcheur ont été rassemblés des objets et du matériel d'époque. On peut y voir les lignes et les énormes hameçons qui servaient à pêcher la morue, les outils pour préparer les appâts, conserver le poisson, entretenir et réparer les bateaux ... Les tenues de cuir huilé comme celle que porte le guide sont présentées en détail, on peut même voir des chaussons faits d'une seule pièce dans des vessies de poisson.

Un peu à l'écart des maisons, un appenti exposé au vent sert au sèchage du hákarl.
Le hákarl, c'est du requin, mais le requin à l'état naturel n'est pas comestible car sa chair contient des toxines dangereuses. Aussi, on le prépare selon une méthode ancestrale : le requin entier est mis à faisander pendant plusieurs mois sous terre, afin que l'ammoniac dégagé par la putréfaction détruise les toxines.
Après une scène d'exhumation à faire tourner de l'œil un médecin légiste, on découpe la chair de l'animal en lanières qu'on met à sècher en plein air pendant deux ou trois mois. On coupe ensuite ces lanières en petits cubes dont l'apparence inoffensive dissimule une saveur puissante, proche d'un très vieux Maroilles ou d'un Munster longtemps oublié ...
Ósvör
                    
Hakarl
Après l'absorption de cette nourriture d'outre-tombe qui doit faire de vous un vrai prétendant-viking, un petit verre de brennivín vous réconcilie avec la vie. Le brennivín (littéralement "vin qui brûle") est un alcool fort produit par distillation de pommes de terre et parfumé au cumin. En raison de la couleur de l'étiquette, on l'appelle aussi "la mort noire" ... Tout un programme !

Rien en tout cas dans tout cela qui puisse nous faire regretter nos plateaux "hamburgers-frites-salade" pris tout à l'heure à la station-service de Suðureyri, d'autant qu'on les avait accompagnés d'une excellente bière "Viking" !
Juste après Ósvör débute la baie de Bolungarvík. On est ici à la sortie du grand Ísafjarðardjúp qui s'ouvre sur la mer du Groenland.

Le site de Bolungarvík, proche de zones de pêche exceptionnellement riches en raison du mélange des eaux, est connu pour avoir été un des plus anciens sites habités d'Islande et une station de pêche dès l'époque de la découverte de l'Islande par les vikings.

Aujourd'hui la petite ville est encore fortement tournée vers la pêche et la valorisation du poisson, bien que cette mono-activité connaisse quelques difficultés en raison de la politique de quotas de pêche très rigoureuse mise en place ces dernières années.

Pour les cinéphiles, Bolungarvík est aussi le lieu où a été tourné "Nói Albínói" de Dagur Kári, un des plus célèbres films islandais, qui met en scène un adolescent vivant dans un village isolé du Nord de l'Islande.
Bolungarvík
A partir de Bolungarvík, on ne peut plus suivre la côte, la route 61 se termine ici. Nous prenons par l'intérieur la petite route en terre n° 630 pour aller jusqu'à la baie de Skalavík.

Nous découvrons un très bel itinéraire d'une dizaine de kilomètres qui remonte d'abord la belle vallée Hliðardalur avant d'attaquer un col que nous franchissons dans un épais brouillard. Au sommet, la très courte visibilité nous oblige à rouler au pas et contribue à faire de ce passage un univers fantasmagorique. Pas étonnant que l'endroit ait toujours été considéré comme hanté ! A travers les nappes de brume on distingue de grandes plaques de neige de part et d'autre de la piste mais très vite la descente s'amorce vers la baie de Skalavík, nous rendant la visibilité.

Il règne une belle et étrange lumière à Skalavík, il fait clair sur la côte et dans la baie, mais tout ce qui est au dessus de cent mètres d'altitude est vaporeux et opalescent.
C'est joli ... il n'y a qu'en Islande qu'on voit ça.
Skalavík
Les deux fermes de la baie sont abandonnées mais les habitants de Bolungarvík et d'Ísafjörður y ont construit quelques "summarhús" (bungalows d'été). Amateurs de bouts du monde, louez ici pour une petite semaine de vacances, vous serez servis ... Le Groenland est juste en face, à 200 km.

A l'endroit où la rivière se jette dans la baie, nous passons un bon moment avec un jeune couple d'Islandais et leurs cinq enfants. Ils sont d'Ísafjörður et possèdent une "summarhús" ici. Les enfants s'amusent dans l'eau glacée du petit estuaire avec un grand matelas pneumatique à deux places. Le jeu consiste à descendre les deux derniers méandres dans le courant, en essayant de se faire tomber du matelas surchargé ! Ils sont tout habillés et tombent à l'eau régulièrement dans les cris et les rires, tout cela sous les encouragements des parents qui ont par ailleurs toutes les peines du monde à retenir la petite dernière (3 ans !) qui pleure parce qu'elle veut aller rejoindre ses frères et soeurs !
Il faut être en Islande pour voir ça ... Pas de doute : les gènes vikings sont donc bien transmissibles !
Retour à Ísafjörður en fin d'après-midi. Le ciel est toujours clair mais un petit vent frais s'est levé. Un thermomètre devant une pharmacie indique 4 degrés mais la sensation de froid mordant est bien plus grande avec ce vent ...

Comme vous le voyez sur la photo, bien que ce soit samedi après-midi il n'y a pas foule dans les rues pour faire les vitrines !

Nous laissons la voiture à l'hôtel et c'est donc en "tenue n° 1" que nous partons à pied visiter la "métropole régionale" !
Ísafjörður
Ísafjörður
La ville ancienne est toute en longueur, s'étirant sur la langue de terre qui s'avance dans le fjord. Le centre est plutôt coquet, mais dès qu'on s'écarte de quelques dizaines de mètres de l'axe principal on a l'impression d'être dans une zone d'entrepôts.
A Ísafjörður, la pêche et les activités liées à la valorisation du poisson restent dominantes, mais elles ont fortement chuté ces dernières années en raison de la réduction des quotas de pêche. Dans le port, plusieurs grands chalutiers rouillés témoignent de cette crise.
Mais la ville a su évoluer et diversifier ses métiers, notamment dans le domaine de l'électronique de pointe. Il y a ici des entreprises de haute technologie qui ont leur place sur le marché mondial, en particulier dans les domaines de l'électronique appliquée à la navigation maritime et à la pêche.
Tout au bout de la langue de terre ("Eyri") sur laquelle est établie la ville se situe le quartier le plus ancien. Pendant les siècles de la tutelle danoise, Ísafjörður était un important comptoir commercial. Il en reste plusieurs maisons de bois du 18ème siècle, perdues au milieu des entrepôts et usines de traitement du poisson. La plus ancienne, Tjöruhús, fut construite entre 1733 et 1742. Une autre grande maison de bois, Turnhús, était un ancien atelier de salage, construit en 1744. Elle a été admirablement restaurée et abrite à présent le musée maritime des fjords de l’Ouest.

Nous y arrivons peu avant 18 heures et l'hôtesse s'apprête à fermer, mais elle nous accueille cependant avec bienveillance et nous laisse visiter. Outre le fait que c'est un véritable musée multimedia en ce sens que l'odeur du poisson y est envahissante, on y voit toutes sortes d'objets liés aux métiers de la mer et de la pêche.
Turnhús, musée maritime Ísafjörður
Turnhús, musée maritime Ísafjörður
Retour vers l'hôtel bien emmitouflés ... Du coup, ce soir, tant qu'à faire dans le luxe, nous nous offrons le repas au restaurant de l'hôtel Ísafjörður. Agréable menu soupe / plat de poisson / dessert et bière Viking pour 2500 Ikr.

Depuis la grande salle à manger toute vitrée, on peut admirer les montagnes qui se reflètent dans le fjord. Mais nous sommes samedi soir, il est 21 heures, et nous avons donc droit à un autre spectacle : le "rúntur" !
Pratique déroutante pour l'observateur étranger, le "rúntur" est un rituel immuable dans les villes islandaises le samedi en début de soirée. Le manège (car c'en est un ...) consiste à tourner en voiture au ralenti dans les rues du centre ville, de manière à faire admirer sa voiture et par extension ses occupants ...
A Reykjavík, le "rúntur" rassemble des dizaines de voitures et crée de véritables embouteillages dans les trois ou quatre rues du centre ville. Ici, à Ísafjörður, le rituel se déroule à l'échelle de la métropole régionale (4000 habitants !) : il n'y a qu'une seule voiture qui tourne, un coupé Ford rouge et blanc customisé façon Starsky et Hutch, mais nous la voyons passer et repasser inlassablement sur le front de mer devant l'hôtel !
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