Vestfirðir jour 4 : Rauðisandur - Hnjótur - Breiðavík      

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Mercredi 8 juin.

La nuit a été paisible sous la couette de Rauðsdalur. Pas le moindre fantôme ... La côte de Barðaströnd a failli a sa réputation.

Surprise : ce n'est pas une fermière islandaise mais une jeune fille allemande qui nous accueille dans la salle à manger pour le buffet du petit-déjeuner. Elle nous explique qu'elle est étudiante et que les fermiers l'ont embauchée pour les quatre mois d'été pour s'occuper de la partie "guesthouse" (accueil, ménage, breakfast ...) et donner un coup de main pour les enfants, les moutons et les foins ... ça c'est de la polyvalence, n'est-ce pas !?
C'est vrai que les fermiers sont toujours très occupés en été, l'accueil des touristes coïncidant avec la période la plus intense des travaux agricoles. Il nous est souvent arrivé de voir des tracteurs et des faucheuses en action dans les prairies à 11 heures du soir, profitant des journées sans fin !
Le Gaðar échoué au fond du Patreksfjörður Ce matin, nous reprenons la route 62 qui offre des paysages côtiers splendides en direction de l'Ouest avant de s'élever rapidement pour franchir le col des Kleifaheiði.
La route est encore bordée de plaques de neige au sommet de ces hautes landes, puis une descente en lacets permet d'admirer le Patreksfjörður, un des plus profonds parmi les fjords du Nord-Ouest. Le "fjord de Patrick" doit son nom à la présence historique d'une colonie de pêcheurs irlandais.

En atteignant le fond du fjord, nous croisons la route d'un grand bateau échoué et notre "voiture des pompiers" ne résiste pas à l'envie de se mesurer à lui ...
Le "Garðar" a été construit en Norvège il y a près de 100 ans. Il a pratiqué la pêche et la chasse aux phoques dans les mers arctiques pendant des décennies avant de finir échoué ici il y a une trentaine d'années.
Notre premier but de la journée est la baie de Rauðisandur, une immense baie de sables ocres ourlée d'un long cordon littoral. L'endroit est très isolé et accessible seulement par la petite route en terre n° 614 qui traverse la péninsule. Une fois passé le col, la descente vers la baie des "sables rouges" (c'est le sens de "Rauðisandur") offre un panorama grandiose.

Connaissez-vous la Rhapsodie hongroise n° 2 de Listz ? ... et bien c'est ce que nous écoutions en descendant les lacets ... et je peux vous dire que la musique allait bien avec le décor !
La baie de Rauðisandur
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Carte Rauðisandur, Latrabjarg, Breiðavík, Patreksfjörður Nous avons choisi de faire deux courtes randonnées dans cette baie.

La première du côté Est, au delà de Melanes, la dernière ferme, en direction du phare de Skör.

La seconde du côté Ouest, sur les grandes étendues de sable de la côte, devant la ferme de Lambavatn.
En quittant la ferme de Melanes, vers le Sud Nous garons la voiture à la ferme de Melanes où finit la route en terre et nous allons saluer la fermière qui nettoie une bergerie.
Comme nous allons traverser ses terres, nous lui demandons de nous confirmer qu'on peut partir à pied vers le Sud pour aller jusqu'aux ruines de la ferme de Sjöunda ...
Elle a l'air un peu étonnée mais ne nous détrompe pas. La balade en question ne doit pas être très courue ... Tant mieux !
La balade commence sur les vastes étendues sableuses découvertes par la marée, immenses miroirs qui se prolongent jusqu'aux déferlantes.

Puis on monte sur la côte pour continuer vers le Sud. La marche est facile dans les prairies et les landes qui bordent la falaise. Il n'y a pas vraiment de sentier mais les parcours des moutons sont là pour nous montrer la voie. Au début, on franchit quelques clôtures et puis plus rien, rien que la nature revenue à l'état vierge depuis que plus personne ne vit ni ne vient ici ...

Vers l'Ouest, le panorama sur l'immense baie de sables ocres est magnifique. On devine au fond les falaises de Látrabjarg.
Rauðisandur Est
Rauðisandur, vue vers l'Ouest depuis la côte de Sjöunda
Sjöunda
Après une petite heure de marche nous arrivons aux ruines de Sjöunda. Ce lieu a une histoire tragique dont nous avons eu connaissance au hasard de nos lectures.

Au tout début du 19ème siècle, en 1802, deux couples vivaient sur ces terres désolées.
Les voisins étaient loin et les visites rares ... Le mari du premier couple et la femme du second tombèrent amoureux l'un de l'autre et décidèrent à leur façon de former ce qu'on appellerait aujourd'hui une famille recomposée : Bjarni Bjarnason et Steinunn Sigurðardóttir assassinèrent leurs conjoints respectifs, Guðrún Egilsdóttir et Jón Þorgrímsson.

Le bonheur des amants criminels fut de courte durée : ils furent appréhendés et condamnés à mort par la justice danoise (l'Islande étant alors sous la tutelle du Danemark).
Une nouvelle islandaise intitulée "Svartfugl" (L'oiseau noir), de Gunnar Gunnarsson, est basée sur cette tragédie.

Le retour vers la ferme de Melanes, à travers landes et herbages, nous permet d'admirer quelques belles fleurs. Le silène acaule commence à peine à fleurir en ce début juin, tandis que les dryas sont déjà bien épanouis.
Silène acaule
Dryas
Après le pique-nique de midi, nous reprenons la voiture pour aller du côté Ouest de la baie de Rauðisandur.

Au delà de la grande lagune de Bæjarvaðall, on part en balade dans les grandes étendues de sable qui s'étendent jusqu'à la mer.

A plusieurs reprises, on franchit des chenaux et des étendues d'eau peu profondes pour atteindre les cordons littoraux. Il fait frais (4°), l'air est pur comme du cristal.

Dans le lointain, on voit les falaises de Látrabjarg, où nous irons demain. C'est le point le plus occidental de l'Islande et c'est également là que finit l'Europe ...
Après une heure de marche dans ces immensités sans rencontrer d'autres êtres vivants que les oiseaux, nous voyons arriver de très loin un animal qui fond sur nous à toute vitesse.

Nous reconnaissons le chien de la ferme de Lambavatn où nous avons laissé la voiture. Il court comme un fou sur des centaines de mètres, traverse les étangs en soulevant des gerbes d'eau puis revient vers nous encore plus vite. Il aboie furieusement aux oiseaux de mer qui passent près du sol et saute pour les attraper au vol !

Il est temps de quitter cette baie du bout du monde où nous avons passé l'essentiel de la journée. Nous rejoignons la route 612 qui longe le Patreksfjörður et nous arrivons à l'heure du thé au musée de Hnjótur, situé sur la route en terre 612, au fond d'un petit fjord adventice au Patreksfjörður.
Musée de Hnjótur


Le fermier du coin, Egill Ólafsson, a rassemblé ici toute sa vie durant des centaines d'objets représentatifs des activités locales : barques et instruments de pêche, vêtements de pêcheur en peau de mouton huilée, outils de dépeçage des baleines, barates ...
Avion russe Antonov musée de Hnjótur


Egill Ólafsson avait aussi une passion pour l'aviation. Un grand hangar proche du musée abrite une partie de sa collection dont la pièce la plus inattendue est un gros biplan russe Antonov de la compagnie Aeroflot qui a du atterrir non loin d'ici en catastophe et n'a jamais pu repartir ...
Au musée de Hnjótur, il y a aussi un coin snack où on sert du thé et d'excellentes gaufres, petit goûter apprécié après notre journée de balades au grand air.
Après cette pause, nous voici repartis pour terminer notre étape du jour. La route en terre 612 nous fait franchir un petit col et nous voici vite en vue de Breiðavík ("la large baie") où se situe notre hébergement de ce soir.

Breiðavík est aujourd'hui une grande ferme-guesthouse dans un site magnifique et terriblement isolé. Elle constitue une base de départ idéale pour aller aux falaises de Látrabjarg, toutes proches.

A Breiðavík, il y a une petite église et de grands bâtiments qui ont abrité pendant les années 50 à 72 un pensionnat géré par l'Etat.
Récemment, un douloureux passé a ressurgi à propos de ce pensionnat, et le gouvernement islandais a dû faire face aux faits terribles qui s'y sont déroulés à cette époque.
Vous pouvez en savoir plus ici.
Breiðavík
Nous sommes accueillis dans le salon-bar de la guesthouse par la maîtresse de maison. C'est une jeune géante à la voix de stentor, son accueil est extrêmement cordial ... il faut juste recompter ses doigts après sa poignée de main.

Elle nous donne une grande chambre au premier étage. Le lit est impressionnant : c'est un monstre d'une tonne. On soulève les tombants du couvre-lit en s'attendant à y trouver quatre roues avec des pneus à crampons de 40 pouces, mais non, juste d'énormes pieds en bois ...
Chambre à Breiðavík
Sur la plage à Breiðavík
Petite balade apéritive sur la plage où un phoque nous fait des facéties à quelques mètres du rivage. Oui, on est bien, allongé sur le sable de Breiðavík, mais pour la bronzette en maillot ce sera pour une autre fois car il ne fait que cinq petits degrés ... La plage en gore-tex, c'est pas mal tout compte fait !

En préparant notre repas dans la cuisine de la guesthouse, on retrouve avec plaisir Michael, Denise et Eileen, le trio anglo-américain avec qui nous avions sympathisé sur l'île de Flatey. Eux aussi sont là pour les falaises de Látrabjarg dont les photos panoramiques décorent le salon-bar.

Demain matin ... Látrabjarg !!!!!     Tomorrow morning ... Látrabjarg !!!!
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