Jour 6 (2°) : Sjuøyane ... navigation plein Nord jusqu'à la banquise d'été          

20 juillet, 16 h ...

Après notre traversée de Martensøya, on va faire route vers le Nord … bien qu’il n’y ait plus aucune terre au-delà des Sjuøyane.

D'un commun accord, nous avons décidé d’avancer jusqu’à ce qu’on rencontre le "pack-edge", la limite de la banquise permanente d’été.

Le but est aussi d’aller à la rencontre des phoques et peut être de l’o….
Oupss ! Attention ! une tradition inuit dit que si on le nomme directement, on ne le voit pas … On va donc dire "de la grosse bête à poils blancs" !
L'archipel des suoyane et la banquise d'été
C'est une magnifique navigation arctique qui nous attend, et chacun en prend "plein les yeux" !
Sous un ciel bleu parcouru de longs voiles de nuages, on avance cap plein Nord dans une banquise assez lâche, mais qui devient vite plus dense à partir de 80° 40'N. Andreï et Youriy empruntent les "polynies", ces larges chenaux d'eau libre qui parcourent les étendues de pack. Les plus grands d'entre eux sont visibles sur le radar.
Nous sommes à l'étrave du navire et devant nous s'ouvre une palette de blancs, de bleus et de gris-argent.

Les reflets du ciel et des nuages dans les zones d'eau libre, les immenses plaques de banquise scintillant au soleil, tantôt planes, tantôt hérissées de crêtes de compression et de blocs entassés les uns sur les autres, tout cela forme un monde fascinant.
Navigation vers le pôle
Ce paysage est un voyage en soi, on se sent presque sur une autre planète.

Notre avancée lente et silencieuse permet d'admirer la transparence de la glace sur le bord du chenal naturel où nous progressons.

La tranche de plus d'un mètre d'épaisseur est étrangement lumineuse et bleutée, comme si des néons l'irradiaient sous l'eau …
Sur le bord des polynies
Phoque solitaire Les phoques sont nombreux et dispersés dans leur royaume. Ils se prélassent sur la glace et relèvent à peine la tête à notre passage. Parfois cependant notre trajectoire leur paraît un peu trop proche et ils se laissent glisser dans leur trou le plus proche pour rejoindre l'élément liquide.

De nombreux voyageurs ailés nous accompagnent aussi et viennent régulièrement frôler le bastingage. Les mouettes tridactyles nous font leur numéro de voltige aérienne. Il y a aussi des guillemots à miroir, au vol plus maladroit et bien reconnaissables avec leur bel habit noir et blanc, et enfin des mouettes ivoire, posées sur la glace ou volant autour du bateau. C'est la première fois que nous en voyons. Cette mouette rare, de petite taille, est magnifique avec son plumage entièrement blanc.
La mouette ivoire est une véritable résidente de la banquise puisqu'elle est la seule à y demeurer également pendant l'hiver. Sa spécialité, c'est de finir les restes des repas des ours, quand ceux-ci ont attrapé un phoque.
Elle a donc tendance à suivre la "grosse bête à poils blancs", en espérant une opportunité d'agapes sanglantes, mais pour ce qui nous concerne, les guetteurs ont beau scruter la banquise avec leurs jumelles, le grand prédateur a du aller faire son marché ailleurs aujourd'hui !

Vers 18 h la progression se fait de plus en plus lente. Il n’y a plus de polynies et le navire doit tracer sa route dans le pack en brisant et en écartant d’énormes plaques de banquise. Ces "floes" ont maintenant la taille d’un terrain de foot, parfois plus, et elles se touchent presque.
Peu après, le blocage attendu se produit. Il n’est plus possible de pousser ni d’écarter les plaques car elles se touchent et s’appuient les unes sur les autres. Le Grigoriy Mikheev n’est pas à proprement parler un brise-glace et il trouve ici sa limite.
Un phoque solitaire est pratiquement sur notre trajectoire. Il est prêt à plonger dans son trou d'eau mais nous voyant arrêtés il ne se dérange pas ...
Pour la 3ème fois, nous voici donc arrêtés par la glace de mer. Ce sera ici le point le plus au Nord de tout notre périple : le GPS indique 80° 81’ Nord. Le pôle est droit devant nous, à moins de 1000 km ... ça laisse rêveur …
Banquise par 80° 56’ Nord

Après le dîner, Tarik propose une discussion sur le thème de l'écologie de l'arctique. C'est à nouveau un plaisir de partager avec ce personnage hors du commun ses connaissances et son expérience.
Sous des dehors extrêmement simples et avenants, cet homme est un crack ! Tapez "Tarik Chekchak" dans votre moteur de recherche et vous allez être épatés quand vous lirez ce que ce monsieur a fait, et les projets qu'il supervise actuellement pour le compte de la fondation Cousteau ou d'autres organismes et institutions !
Vous pouvez aussi voir son profil sur le site d'OceanWide Expeditions (Dans le menu, cliquez sur "Expedition guides", Tarik est le 3ème sur la page).
Tarik Chekchak


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