Paroles de sagesse des vikings     

On est ici assez loin des clichés primaires que la tradition populaire et (malheureusement) l'école nous ont transmis sur les vikings.
On sait aujourd'hui, grâce aux travaux de quelques chercheurs notamment français comme Régis Boyer, qu'ils ne furent pas ces brutes sanguinaires dont les clercs chrétiens, seuls "historiens" de leur époque, nous ont transmis l'image épouvantable, agrémentée plus tard de "casques à cornes" (qu'ils n'eurent jamais !) et de "drakkars" (un nom que ne portèrent jamais leurs bateaux !).
Les vikings étaient des aventuriers, des commerçants et - au gré des opportunités - de redoutables pillards, mais ils n'étaient pas que cela. Loin des visions primaires qui ont prévalu chez nous, les islandais du XIIème siècle nous ont transmis une toute autre image, à travers les sagas, les poèmes de l'Edda et le " Hávamál ", le livre de la sagesse viking.

Leur vision du monde demeure aujourd'hui admirable. Elle est empreinte de sagesse, de prudence, de mesure tant des actes que des paroles. Elle rejette les extrêmes et les décisions trop rapides, elle maudit la solitude et célèbre l'amitié, la fidélité à la parole donnée, la solidarité. Elle accepte de bonne grâce les aléas du destin et sacralise, plus que toute autre valeur, la réputation que chacun laissera après sa mort.


Il est vraiment sage,
celui qui a voyagé loin,
et qui connait les routes du monde.





L'insensé croit qu'il vivra toujours
s'il se garde de combattre,
Mais la vieillesse ne lui laissera pas
de répit, si les lances lui en ont laissé.
Garde-toi de l'ambition.
Ne t'avise pas de rivaliser avec
des hommes plus puissants que toi.
Mais veille aussi
à ne pas fléchir devant eux.
De feu a besoin celui qui entré,
gelé jusqu'aux genoux.
De nourriture et de vêtement sec
a besoin celui
qui a voyagé par les montagnes.
Les yeux d'une femme
ne peuvent pas cacher
son amour pour un homme.
Personne n'est complètement stupide, s'il peut rester silencieux ...


Dépérit le jeune pin,
qui se dresse en un lieu sans abri.
Ne le protègent ni son écorce
ni ses aiguilles.
Ainsi l'homme que personne n'aime :
pourquoi vivrait-il longtemps ?
Meurent les biens,
meurent les parents,
et toi tu mourras de même.
Mais la réputation ne meurt jamais,
celle que bonne on s'est acquise.


Lui donner de l'eau, pour qu'il puisse
se laver avant de manger
Un essuie-mains et un accueil chaleureux,
Des paroles aimables, et puis du silence
Pour qu'il puisse raconter son histoire ...
Celui qui a voyagé loin a besoin de cela
L'homme stupide doit rester chez lui.
L'ignorant ferait mieux de se taire
Quand il rencontre d'autres hommes.
Personne ne saurait quel imbécile il est
Jusqu'à ce qu'il commence à parler.
Personne n'est aussi stupide
Que l'homme qui parle trop.
Nous te conseillons, Loddfáfnir, puisses-tu apprendre ces conseils.
Tu en jouiras, si tu les apprends, ils te seront bénéfiques, si tu les suis :

La femme d'un autre ne séduis jamais, pour en faire ta maîtresse.

Avec ton ami, ne sois jamais le premier à rompre.

Le chagrin dévore le cœur si tu n'as personne à qui ouvrir ton âme.

Avec un plus mauvais que toi, tu ne dois pas échanger trois mots d'insultes : c'est souvent le meilleur qui cède, quand le pire cherche noise.

Si quelque tort t'a été fait, fais connaître ce tort, et ne laisse pas la paix à ton ennemi.

Content du mal ne le sois jamais, mais réjouis-toi du bien.




On ne connaît que la moitié d'une histoire, quand une seule personne l'a racontée.
(Saga de Grettir le fort)

Ivar séjournait à la cour du roi Eystein de Norvège. Depuis quelque temps, il se désolait car son frère, dans leur Islande natale, avait épousé en secret celle qu'Ivar aimait.
Le roi remarqua la tristesse de son hôte et lui offrit, pour le réconforter, des présents et des titres. Mais rien ne pouvait consoler Ivar.
- Notre problème s'aggrave, dit le roi, car nous avons désormais épuisé tous les remèdes que nous connaissions. Je n'ai plus qu'une suggestion à vous faire, bien insignifiante comparée à mes offres précédentes. Mais qui peut savoir ce qui est préférable pour vous ?
Venez me voir chaque jour, quand je ne suis pas occupé aux affaires du royaume, et nous deviserons. Nous parlerons de cette femme autant et aussi longtemps que vous le désirerez, je vous consacrerai mon temps. Il arrive que le chagrin d'un homme s'apaise s'il peut s'en épancher.
Ainsi, chaque fois que le roi n'était pas accaparé par les affaires du royaume, il parlait avec Ivar de cette femme. Son dessein fut couronné de succès, car le chagrin d'Ivar guérit plus vite qu'il ne l'avait espéré ; il recouvra sa joie de vivre et sa gaieté d'antan. Et il resta auprès du roi Eystein.





Cliquer
Amulette viking


Cliquer