Au pays des gués     


En Islande, les pistes intérieures ne sont accessibles que quelques semaines au coeur de l'été. Mais toute l'année, elles souffrent des rudes conditions climatiques, du gel et des précipitations importantes.
Dans cette nature sauvage, les fortes pentes et la faiblesse - voire l'inexistence - de la couverture végétale font que l'érosion est intense. Les lits des rivières sont mal définis et les crues sont parfois violentes et destructrices.

Les ponts, quand il y en a, doivent être très souvent réparés. Parfois, le lit de la rivière s'étant déplacé, ils se retrouvent inutiles, en plein terrain sec ! Parfois, ils sont carrément détruits et emportés par les flots.

Pour toutes ces raisons, les islandais ont renoncé à construire des ponts sur de nombreuses rivières qui coupent les pistes intérieures, et le franchissement se fait alors à gué. Les passages à gué sont donc une caractéristique importante de tout voyage en Islande par les pistes intérieures.
Au cours de nos voyages, nous avons franchi des gués (secteurs entourés de bleu) :
  • Sur la piste F 347, du Kjölur vers Kerlingarfjöll
    (piste en rouge ci-contre)

  • Sur la piste F 208 Landmannalaugar-Eldgjá
    (piste en jaune ci-contre)

  • Sur la piste F338 (Línuvegur) qui longe le Sud du Langjökull, juste avant son raccordement à la piste 35, non loin de Gullfoss (piste en vert ci-contre).
Nous avons évité les gués du Sprengisandur, n'ayant pas pu passer en raison de chutes de neige à Nýidalur (flocon blanc sur la carte) le 11 Juillet.
Entourés de bleu, les secteurs des gués
En traversant l'Islande par la piste 35 du Kjölur, on passe à proximité d'un des endroits les plus extraordinaires du pays : Kerlingarfjöll, les monts des sorcières. A lui seul ce site justifierait le voyage (voir carnet de route 2003, jour 5).
Depuis la piste du Kjölur, une dérivation (F 347 : réservée aux 4x4) permet d'arriver jusqu'au camp de base de Kerlingarfjöll. Cette section ne fait que 17 km mais comporte deux passages de rivières à gué.
Le premier, peu après l'embranchement de la F 347, est modeste et ne pose aucun problème sauf peut-être en cas de fortes pluies.
Quelques kilomètres plus loin, le second gué franchit la rivière Jökullfall à proximité d’une belle cascade (Gýgjarfoss). Celui-ci est plus sérieux car la rivière est plus grosse que la précédente.
Mais si l'on fait preuve de prudence et d'un minimum de bon sens, il est aisément franchissable même avec un petit 4x4 (sauf en cas de fortes pluies bien sûr). En cas de doute, il ne faut pas hésiter à aller tester le passage à pied, en méditant un proverbe que les islandais citent volontiers en riant : " En Islande, il y a deux sortes de rivières : les rivières à 4 degrés ... et les rivières à moins de 4 degrés ! "
Le gué de Gýgjarfoss
Sur la piste F 208, l'arrivée à Landmannalaugar se fait par deux gués successifs (le premier d’eau froide, le second d’eau tiède) qui sont situés à peine à cent mètres avant le camp.
Une partie des véhicules s’arrête juste avant les gués et une passerelle permet aux piétons de passer à pied sec.

Aucun problème le matin où nous sommes passés : le niveau de l’eau était modeste.
Après un rapide repérage (eau claire), on est passés en douceur et notre Jimny dégoulinante mais sereine est allée se garer fièrement sur le parking du camp, cent mètres plus loin !
Le camp de Landmannalaugar
Dans le Fjallabak Sud, la piste F 208 entre Landmannalaugar et Eldgjá est vraiment extraordinaire.

C'est sans aucun doute la piste la plus fantastique que nous ayons parcouru pendant notre voyage. La zone traversée est extrêmement sauvage, avec des montagnes majestueuses aux flancs noir-mat, striés de mousses jaunes fluo, ravinés par les pluies et le gel.
C'est un secteur de hautes terres, entre deux grands glaciers, et il est souvent inondé.

La piste est en général la dernière d'Islande à ouvrir et la première à fermer. Les rivières changent souvent de lit, et chaque année à l'ouverture plusieurs tronçons de la piste doivent être retracés.
On se demande comment on a pu un jour envisager de créer une piste dans cet univers !
Bienvenue au Pléistocène !
Cette piste est strictement réservée aux 4x4Piste réservée aux 4x4 Ici, dans un décor de création du monde, les paysages se construisent comme ils ont du le faire chez nous au Pléistocène. Tout est minéral, instable, et il y a de l'eau partout !
En quelques kilomètres, on franchit une dizaine de gués. La plupart sont peu profonds.
Seuls deux d'entre eux nous ont donné quelques soucis car la pluie avait gonflé un peu le débit et le courant était assez marqué.

Devant l'un d'entre eux on a attendu un bon quart d'heure pour ne pas passer seuls, mais personne n'est arrivé, ni dans un sens ni dans l'autre.

Comme la pluie était de plus en plus forte et qu'à cette heure de l'après midi (16h30), la fonte des glaces allait vers son maximum, on a fini par se décider ... (avec prudence et après une inspection sérieuse du gué) et tout s'est bien passé !

Bravo et merci Jimny, vaillant petit 4x4 !
Perplexité ...
Un peu plus loin, au niveau du volcan Tindafjall, la piste se retrouve carrément dans le lit de la rivière sur un kilomètre environ !

Ici, les gués sont partout ! Ce n'est pas qu'il y ait beaucoup d'eau, mais lors des crues la rivière s'est baladée dans le fond de la vallée et s'est divisée en chenaux.
Des tronçons de piste on été abandonnés parce qu'ils aboutissaient alors à des eaux trop profondes, d'autres voies ont été improvisées par les 4x4 un peu au feeling … De bancs de galets en fondrières, il y a des endroits où on n'est pas tout à fait sûr de prendre les bonnes traces.
De plus, il y a 4x4 et 4x4, et si on se fie aux traces laissées par certains monstres qui ont une garde au sol de 70 cm et des roues de 40 pouces, on risque d'avoir des surprises !

Comme le dit de façon plaisante le panneau avertisseur des gués : " Tire tracks don't tell the entire story ! " (les traces de roues ne racontent pas toute l'histoire !)
Mais où est donc la piste ?
Avec une bonne dose de prudence, de bon sens, et éventuellement quelques investigations pédestres rafraîchissantes, on essaye d'y comprendre quelque chose, et finalement, en " 4 WD-Low ", tout se passe bien ...
Une aubaine ! voilà quelqu'un ! Le gué d'Eldgjá : on n'a pas pris le risque ...
Il n'y a pas grand monde sur la F 208 ... alors quand on a
la chance de voir arriver un autre 4x4, c'est une aubaine !

C'est idéal pour observer la trajectoire qu'il va prendre et
la hauteur de l'eau sur ses roues et son bas de caisse !
Sur la photo ci-dessus, celui-ci est sur un banc de gravier
entre deux bras de rivière peu profonds.

Le problème est parfois que l'autre est aussi content que
nous, et il y a un petit moment de flottement pour décider
qui va passer le premier !

En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il y a ici une totale solidarité.
Ci-dessus : Eldgjá, la plus grande fissure éruptive de la planète.
Ici, le rift qui parcourt le fond de l’Atlantique apparaît au grand jour : les plaques continentales Europe et Amérique sont séparées par une balafre de la croûte terrestre dont les lèvres s’écartent de quelques centimètres par an. C'est la tectonique à l’état brut et rien d’autre !
La piste secondaire qui pénètre dans la faille vers la cascade d’Ófærufoss est coupée par une rivière, vraiment trop grosse le jour où nous y étions pour être franchie à gué. En tout cas pas avec notre 4x4. Mais la pluie était forte et durait depuis deux heures, il était 17h30 et le débit était assez impressionnant.
Il n’y avait absolument personne : on a fait demi-tour vers la piste principale, sans hésiter et sans regrets !

Le 2ème gué de la piste F338
La piste F338 qui passe juste au Sud du Langjökull est un magnifique itinéraire.

Cette piste appelée par les islandais "Línuvegur" ("la piste de la ligne") car elle suit une ligne à haute tension, se termine à l'Est par deux gués assez faciles, juste avant le carrefour où on rejoint la piste 35, quelques kilomètres au Nord des chutes de Gullfoss.
La rivière coule vers la gauche de la photo et on distingue bien, derrière la voiture, la ligne de reprise du courant (voir ci-dessous "Question de seuil").


Littéralement : " Rivière sans pont " ! Le panneau explicatif est une bonne illustration de la prudence mais aussi de l'humour islandais :
  • Où est le passage ? ... la rivière est changeante
  • Les traces de pneus ne racontent pas toute l'histoire
  • Votre moteur a-t-il été étanchéifié ?
  • Est-ce que quelqu'un vous regarde traverser ?
  • Testez la traversée vous-même
  • Utilisez un câble de sécurité
  • Portez des vêtements chauds, de couleurs vives
Le franchissement des gués sur les pistes intérieures islandaises est assurément un temps fort du voyage dans ce pays.
Bien sûr, ceux qui circulent en voyage organisé, perchés dans leurs énormes bus 4x4, ne se posent pas les mêmes questions et ne connaissent pas les légers frissons des voyageurs individuels, en (petits) 4x4 de location. Nous pensons qu'ils passent à côté de quelque chose ...

Le schéma ci-contre illustre quelques principes qui découlent (c'est le cas de le dire !) de la simple observation et du bon sens.
Le bon sens qui, comme chacun sait, est la chose du monde la mieux partagée.



          Voici donc quelques bases (de bon sens) :
Cliquer sur le schéma pour l'agrandir et voir également le gué en coupe
Cliquer pour agrandir le schéma
Schéma © c. gilabert
•   Pour la conduite
  • Ne pas oublier d'enclencher le 4x4 en 1ère lente.

  • Maintenir toujours le moteur à haut régime.

  • Avancer lentement pour éviter de "pousser l'eau"
    et faire monter le niveau à l'avant.

  • Traverser si possible en descendant vers l'aval.

  • Accélérer fortement pour donner de la puissance
    aux quatre roues pour sortir de l'eau.

•   Pour la rivière
  • Eau calme, noire et lisse : elle est sans doute profonde ... (aller voir ...)

  • Eau vive, vaguelettes : sans doute moins profonde ... (aller voir ...)

  • Après qu'il ait plu en amont : débit en augmentation.

  • Rivière glaciaire : débit plus faible tôt le matin et par temps frais ; débit plus important l'après-midi et par temps doux ou grand soleil car la fonte des glaces est à son maximum (le débit peut varier du simple au double dans la journée).

  • Question de fond : le fond peut être régulier ou accidenté, en gravier ou cailloux réguliers, ou avec de plus gros blocs, ou bien sableux ou vaseux (rare) ... Autant de questions pour lesquelles il vaut mieux avoir au moins une vague idée de la réponse.

  • Question de seuil : certains gués "classiques" présentent un bassin d'eau plus ou moins calme face à l'arrivée de la piste, et vers l'aval un "arc de reprise du courant" où l'eau est moins profonde. C'est souvent juste en amont de ce seuil que se situe la meilleure trajectoire. Souvent ... mais pas toujours ...
•   Pour y voir plus clair ...
  • Rivière glaciaire : eau grise, chargée de sédiments. Impossibilité de voir le fond. Des précautions (et investigations) supplémentaires sont parfois nécéssaires.


  • Rivière pluviale : eau claire, une meilleure évaluation est possible.

  • Attendre qu'un autre véhicule passe ... C'est l'idéal (mais pas toujours possible). Bien observer sa trajectoire, son enfoncement, et son comportement. Et bien entendu, si vous êtes petits, ne vous comparez pas aux monstres !

  • Aller tester à pied ? C'est tentant quand on est perplexe, mais attention quand même, il ne faut pas traîner là-dedans : l'eau est à 4 degrés en moyenne, vous avez droit à une minute environ avant d'être tétanisé.
    S'il y a du courant, n'allez jamais à une profondeur dépassant le genou (risque d'être renversé). Les bâtons de randonnée sont utiles.
    Parmi les astuces on peut citer : les chaussons en néoprène (du type planche à voile), les grands sacs poubelles en plastique épais (une jambe dans chaque sac ! pas les deux dans le même !) et porte-jarretelles improvisé avec élastiques ou ficelle (très sexy !), ou bien la version locale : achetez sur place deux "laxapoka", grands sacs en plastique utilisés par les pêcheurs pour y mettre les saumons.

  • Voir les choses d'en haut ? C'est souvent utile, pour estimer la profondeur et surtout le profil du gué, ou pour comprendre quelque chose dans un dédale de traces, de chenaux et de bancs de graviers ...
    Si votre voiture le permet, montez sur le toit (sur la galerie), c'est parfois déterminant pour se faire une meilleure idée des lieux !
Nous n'avons qu'une expérience modeste des gués. Sans vouloir le moins du monde nous poser en donneurs de conseils, nous dirons que la recette du franchissement des gués, c'est :
  • 33 % de prudence ...
  • 33 % de bon sens ...
  • 33 % de connaissances élémentaires en hydrologie et hydrodynamique.


  • Mais ça ne fait que 99 % direz-vous ...
    ... Ah oui, on allait l'oublier ...

  • et 1 % de folie ... !
• Voir un exemple de
ce qu'il ne faut surtout
pas faire avec les gués !


Consulter des experts ...

• un expert en franchissement des gués en voiture.

• un expert en franchissement des gués à pied (site en langue allemande).


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