Au pays de la création du monde     

On se dit souvent que la terre est belle …     On se demande parfois aussi comment les paysages
que nous aimons se sont créés, puis se sont façonnés, à travers les temps géologiques …
Comment était la vallée de la Marne ou celle de la Garonne au Pléistocène ... ?

En Islande, c'est différent.     On est dans le scénario "en live" de la création des paysages !
    On voyage dans l'espace et dans le temps …

On est au pays de la création du monde !


S'il est un pays où l'action des forces de la nature est la plus évidente et la plus apparente, c'est bien l'Islande !

L'explication est simple : l'Islande est traversée de part en part par le rift medio- atlantique.
Le rift est une immense fracture de la croûte terrestre qui sépare les plaques tectoniques d'Amérique et d'Europe. Il serpente du Sud au Nord, au milieu de l'Océan Atlantique (on le devine sur la photo satellite de la page d'accueil).

Au fond de l'océan, sur l'axe de la dorsale medio-atlantique, cette fracture écarte les plaques continentales. Mais en Islande, le rift émerge au grand jour !

L’Islande est donc à la fois américaine et européenne, elle appartient aux deux continents à la fois. La plaque continentale qui porte l’Amérique du Nord s’écarte progressivement de la plaque européenne, au rythme de 2 cm par an.


Le rift medio atlantique en Islande
Le rift à Þingvellir Le rift à Eldgjá
La plaine de Þingvellir (Thingvellir) est traversée d’immenses fractures parallèles qui sont une partie émergée du rift medio-atlantique.
Parmi toutes ces failles, la plus célèbre est l’Almannagjá («la gorge de tous les hommes»).
C’est ici que se réunissaient les chefs vikings de toute l’île, pour rendre la justice et dire les lois.
Eldgjá ("la faille du feu"), la plus grande fissure éruptive de la planète. Ici, le rift qui parcourt le fond de l’Atlantique apparaît au grand jour : à gauche la plaque Amérique, à droite la plaque Europe. Elles s'écartent de quelques centimètres par an.
Ici, c'est la tectonique à l’état brut et rien d’autre !
Comme on le voit sur cette carte, c'est sur un axe Sud-Ouest / Nord-Est, dans les régions qui sont traversées par la dorsale, qu'on trouve le plus grand nombre de volcans et de manifestations para-volcaniques. Principalement dans le quart Sud-Ouest du pays, puis sur les hauts plateaux du centre, et enfin dans la région du lac Myvatn. C'est également dans ces zones que se produisent le plus de séismes.

La grande fracture du rift medio-atlantique génère en Islande un volcanisme important. Sur cette île de 102 000 km2 (moins d'un cinquième de la France), on trouve deux cents volcans en veilleuse, et il y a une éruption en moyenne tous les quatre ans.
Le quart du territoire islandais est classé zone de volcanisme potentiellement actif.
Surtout, l'Islande est un vrai "robinet à magma" de la planète : un tiers des laves émises sur toute la terre sont ici !
Les zones chaudes en Islande
Le volcan Snaefell, un géant assagi Sous le dôme de glace du Mýrdalsjökull couve le redoutable volcan Katla
Tout au bout de la péninsule de Snaefellsnes, l'immense volcan Snaefell (1448 m) est assagi depuis des siècles.
Jules Verne en a fait le point d'entrée du "Voyage au centre de la terre".
Cette image bucolique du Mýrdalsjökull ne doit pas faire oublier que ce dôme glaciaire recouvre le redoutable volcan Katla. Ses éruptions ont provoqué de gigantesques déluges qui ont façonné les sandur de cette partie de la côte Sud.


Pour les volcanologues, l'Islande est un vrai manuel à ciel ouvert. On y rencontre tous les types de volcans : grands stratovolcans aux laves acides (Snaefell), volcans-boucliers aux laves fluides (hauts plateaux du centre) volcans explosifs (Hekla, Askja), volcanisme fissural (Eldgjá, Laki).

Les principaux volcans d'Islande

C'est en Islande, lors de l'éruption du Laki en 1783, qu'a eu lieu la plus importante émission de lave de l'histoire de l'humanité.
En moins de deux mois, ce sont 30 km3 de matière en fusion qui ont envahi la région, avec des coulées de 50 km de long ! Bien que ce soit l'été, le ciel chargé de poussières volcaniques a installé une nuit continue. L'acide sulfurique et les gaz toxiques ont empoisonné l'air, les rivières et les herbages, entraînant la mort de la quasi totalité du bétail.

A la suite de ce gigantesque cataclysme, un cinquième de la population islandaise de l'époque a disparu. Plus de dix mille islandais sont morts des suites immédiates de l'éruption et de la famine qu'elle a provoqué. Pendant plusieurs décennies, la misère et les épidémies ont continué a décimer les populations affaiblies.
Cette fantastique éruption s'est poursuivie pendant trois ans, jusqu'en 1786. Les poussières émises par le volcan ont envahi la haute atmosphère et ont été mises en rotation autour de la terre, formant pendant plusieurs années une ceinture grise autour des latitudes tempérées, provoquant une diminution de l'ensoleillement et un refroidissement du climat.



De cette éruption,
les Islandais disent,
(sans rire !),
qu'elle est à l'origine
de la décapitation
de Louis XVI en France …

Sauriez-vous dire pourquoi ?



Ís og eldur … La glace et le feu … la devise de l'Islande illustre parfaitement le caractère si particulier du pays !
Parmi les plus grands volcans actifs islandais, certains sont situés sous les grandes calottes glaciaires, en particulier sous le Vatnajökull (le Grímsvötn) et sous le Mýrdalsjökull (le Katla).
En période d'activité latente, on peut dire que le feu couve sous la glace ! La chaleur entretient sous le glacier d'immenses poches d'eau de fusion.
Sous la calotte de glace de 800 mètres d'épaisseur du Vatnajökull, il y a en permanence un lac de 5 km de diamètre environ, et de 500 mètres de profondeur. Mais à chaque réveil du volcan, cet équilibre instable est rompu. Au bout de quelques jours, ces réservoirs finissent par grossir et déborder de leur cuvette. Des millions de m3 d'eau et de boue s'écoulent alors sous la glace et débouchent avec une pression phénoménale au bord du glacier.
Les islandais appellent ces crues cataclysmiques des "jökullhaupar" (au singulier "jökulhaup" ; le terme français est "lahar"). En quelques heures, ces phénomènes de "chasse d'eau géante" ravagent tout sur leur passage.
Volcan sous-glaciaire
La dernière éruption majeure du Grímsvötn, sous le Vatnajökull, a eu lieu en septembre 1996.
Au bout de deux mois d'activité volcanique (surveillée de très près par les islandais) le "jökullhaup" attendu arriva d'un coup, le 5 novembre.
En quelques heures, avec un débit phénoménal de 45 000 m3/seconde (vingt fois le débit du Rhône à son embouchure !) et des vagues de 5 m de hauteur, ce déluge monstrueux a charrié sur la plaine des rochers énormes et des blocs de glace de 1500 tonnes, grands comme des maisons de trois étages, qui ont mis plusieurs années à fondre.
Ce karcher géant a balayé la plaine du Skeiðarársandur et a tout emporté sur son passage, routes, ponts et lignes électriques. Pendant des mois, les habitants de Höfn ont du faire le tour de l'Islande pour gagner la capitale (un détour de 1000 km !).

    Cliquer sur la photo pour agrandirLe Skeiðarársandur


Détails et photos sur
le jokullhaup de 1996
Aujourd'hui, la route n° 1 a été reconstruite, et on peut voir la trace du grand jökulhlaup de 1996 : au milieu des immensités noires du Skeiðarársandur, un immense oiseau blessé en métal commémore la catastrophe. C'est un monument fait de deux énormes morceaux d'un pont, tordus comme de vulgaires fils de fer ! Monument Skeidararsandur
Début novembre 2004, le Grímsvötn est à nouveau entré en éruption à travers l'énorme masse de glace du Vatnajökull !

Pour en savoir plus, voir les images de l'éruption et du jokullhaup sur le Skeiðarársandur, cliquer ici et aller en bas de la page obtenue (nouvelle fenêtre Icelandic Meteorological Office).
Impressionnantes photographies également sur le site de l'Institut islandais des sciences de la terre : cliquer ici.
En plus du volcanisme, les pressions et les tensions qui se produisent au contact des plaques tectoniques provoquent en Islande de très nombreux tremblements de terre, souvent plus d'une dizaine par jour, d'amplitudes diverses.

On peut voir sur le site de l'Institut de géophysique islandais la carte quotidienne des séismes avec leur intensité et leur horodatage. Allez voir : c'est assez incroyable !
Mais paradoxalement, c'est sans doute cette très grande fréquence qui diminue les risques de voir se produire un séisme majeur. En effet, les tensions des plaques tectoniques sont en quelque sorte purgées régulièrement, avant qu'elles n'atteignent une trop grande intensité.

La principale zone sismique se situe dans le Sud-Ouest, et en particulier dans la région de l'Hekla et du Mýrdalsjökull.

Mini-test : un petit tremblement de terre sur cette page :
Cliquer sur le séismographe !

Cliquer sur la carte pour voir les séismes des dernières 24 h    
Les séismes en Islande sur une journée

Face à ces phénomènes, les islandais sont à la fois très fatalistes et très organisés.

  • Très fatalistes, car ils savent mieux que tout autre peuple qu’il faut être humble face aux forces de la nature. Les cataclysmes naturels font partie de l’ordre naturel des choses. « L’Islande se construit » disent-ils …

  • Mais très organisés, aussi, car dans nul pays au monde (pas même au japon) les phénomènes volcaniques et sismiques ne sont aussi surveillés. La technologie omniprésente et le très haut niveau de vie ont permis de mettre en place le meilleur réseau de surveillance volcano-sismique du monde. Des appareils de mesure automatiques sont installés à travers toute l’Islande et on croise souvent des gens qui effectuent à pied ou en 4x4 des relevés dans les zones sensibles.

Si on ajoute à cela que plus personne n’habite aujourd’hui dans les zones où le risque est le plus élevé et que les normes de construction para-sismique sont draconiennes, on voit comment, avec un haut degré de civilisation, on parvient à vivre avec une nature violente.

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