Jour 9 : Lac Mývatn – Solfatares de Námaskard - Volcan Krafla      


Jeudi 10 Juillet - Il a fait soleil cette nuit, mais au réveil le temps a bien changé : il fait couvert et particulièrement froid !
Jón, notre hôte, nous dit qu’il a vu la météo sur internet et qu’il y a une entrée d’air polaire sur le nord de l’Islande. C’est un phénomène qui se produit parfois en été et, selon lui, ça ne devrait pas s’arranger pendant 48 heures.

Heureusement que nous sommes allés voir les baleines à Húsavik hier avec le beau temps ! Ce matin, on entend Jón qui recommande à un couple arrivé hier soir de renoncer à cette sortie.

Quant à nous, nous partons pour une grande journée de visite de la région du lac Mývatn, à une trentaine de km d’ici. C’est une des zones volcaniques les plus actives d’Islande, située sur un affleurement du rift medio-océanique.
Tant pis pour le temps, il faudra compter sur les volcans pour nous réchauffer !
C’est donc sous une petite pluie discrète mais carrément glacée (le thermomètre indique 4°C) que nous arrivons au bord du lac Mývatn.
Sur la rive Sud, bien emmitouflés et encapuchonnés, on s’arrête pour voir les pseudo-cratères de Skuttustadir. On dirait des petits volcans, mais ce sont d’énormes bulles formées par la rencontre de la lave en fusion et de l’eau.
En remontant sur la rive Est, profitant d’une accalmie, on fait une belle ballade dans le petit promontoire boisé de Höfði (Kalfaströnd). C’est une magnifique réserve de nature, des oiseaux et des fleurs un peu partout, et de très belles vues sur le lac.
Plus au Nord, un chemin sur la droite mène au labyrinthe de lave de Dimmubórgir. On prend le sentier aménagé pour aller voir les étranges « citadelles noires » et les Eldbórgir (« les châteaux de feu »). Ce sont des formes de volcanisme lacustre qui se sont créées il y a 2000 ans.

Le Lac Myvatn

Sous bois fleuri dans la réserve naturelle de Höfði
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Le lac Myvatn

Dimmubórgir : les châteaux de feu
Un peu plus loin se dresse le magnifique cratère d’explosion du Hverfjall qui domine la région. Nous avions prévu d’y monter car il paraît que l’ascension est facile et que la vue est fantastique depuis le bord du cratère.
Mais il tombe à présent une petite pluie fine, proche de la neige fondue, qui nous en dissuade tout à fait !

On décide donc d’aller voir plutôt les grottes d’eau chaude de Grjótagjá, tout près d’ici. Ce sont des cavités naturelles dans la coulée de lave, des sortes de piscines couvertes dans lesquelles on pouvait se baigner il y a quelques années.
C’est assez vaste et bien chauffé à l’intérieur, mais à moins de vouloir jouer les écrevisses, la baignade y est fortement déconseillée aujourd’hui car la température de l’eau est passée à plus de 50° !
Grjótagjá
Le temps ne s’arrange pas. Pique-nique et café à l’abri dans la voiture qui est secouée par les bourrasques !
Ah Jimny, tu es aussi notre cocon ! on t’aime encore plus dans ces moments-là !
On rejoint le Nord du lac et on prend la route n° 1 qui passe devant la centrale géothermique de Bjarnarflagsstöd.

On s’arrête au parking qui domine l’usine et on descend à pied voir le petit lac d’eau turquoise et fumante qui recueille le trop plein du captage. L’eau est tiède et elle fume dans l’air glacé …
Le lac fumant de Bjarnarflagsstöd
      
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Un peu plus loin, sur la rive, on est attirés par un gros bouillonnement qui jaillit sous les eaux du lac, tout près du bord.
C’est vraiment impressionnant ! Sur la berge, dans un vacarme de chaudière en furie, le sol vibre sous nos pieds !
Il vaut mieux ne pas trop s’attarder par ici …

On était seuls au bord du lac fumant, mais en regardant le petit promontoire où nous avons laissé notre Jimny, on voit qu’une autre voiture vient de s’arrêter.
On assiste alors éberlués à une scène complètement hilarante : les deux occupants de la voiture, un homme et une femme, sont en train de dévaler la pente vers le petit lac … en grosses chaussures de randonnée, en anorak, en bonnet de ski … et en petit slip !
Ils courent jusqu’à la berge, enlèvent leurs chaussures en cinq secondes et se précipitent dans l’eau tiède, jusqu’à la ceinture, en relevant le bord de leur anorak avec les mains pour ne pas le mouiller ! !

Il fait 4 degrés dans l’air et 38 dans l’eau ! On est écroulés de rire ! On voit qu’ils se marrent eux aussi du spectacle insolite qu’ils se donnent ! On va les rejoindre pour leur demander comment est l’eau et alors qu’on s’approche la femme nous crie : « Don’t take our shoes ! Don't take our shoes ! ». Ce sont deux hollandais.

Incroyable scène de fou-rire avec eux, nous au bord du lac et eux dans l’eau jusqu’aux fesses avec leurs anoraks !
Souvent par la suite pendant ce voyage (et encore aujourd’hui) le simple fait d’évoquer ce moment nous fera piquer un fou-rire …
Voilà une séquence à se remémorer pour les jours de cafard !
On repart en voiture et on passe la crête de Námafjall pour aller voir le site de Námaskard-Hverarönd, où se trouvent les manifestations volcaniques les plus actives.

Spectacle hallucinant : au pied d’une colline surréaliste aux couleurs jaune safran, rouge et gris-mauve s’étend un champ de solfatares en furie, avec de grandes marmites de boue grise en ébullition et des jets de vapeur furibards comme des soupapes de cocotes-minutes … (voir la vidéo)

Il y a des dépôts colorés de soufre un peu partout ! L’odeur d’hydrogène sulfuré est envahissante. Ambiance d’enfer !

Mais que de boue ! Comme il n’y a pas la moindre herbe dans cette zone où tout est stérilisé, et qu’il pleut depuis ce matin, le terrain est envahi d’une boue jaune extrêmement collante.
Námaskard

Marmites de boue bouillante à Námaskard
      
Mare de boue bouillante à Námaskard

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Avec nos Tecnica à crampons, on est à l’aise sur ce terrain super glissant, mais en quelques minutes, on ramasse sous les semelles d’énormes coussins de terre ! On a carrément des moon-boots de boue !
Quelques flaques sur le parking nous permettent d’enlever le plus gros, juste pour pouvoir monter dans la voiture, mais c’est à quelques kilomètres de là, à Reykjahlið, que se trouve la solution !
A la station service il y a une aire de nettoyage des voitures (en libre-accès, comme partout en Islande). Les balais-brosses à eau sous pression font merveille sous nos semelles et en deux minutes nous voici avec des chaussures un peu mouillées, certes, mais parfaitement décapées !
Un car de hollandais s’arrête sur le parking de la station. Ils se marrent de nous voir faire mais ils descendent tous pour nous imiter !

On profite de notre passage au hameau de Reykjahlið pour se faire un thé chaud bien mérité, un plein d’essence, et quelques achats alimentaires au minimarket de la station-service. Il est 3 h de l’après-midi et le thermomètre de la station affiche 3 petits degrés.

Il tombe une petite pluie glacée, à la limite de la neige fondue. On est un peu inquiets pour demain car c’est le jour où on doit prendre la piste du Sprengisandur pour re-traverser l’Islande, cette fois du Nord au Sud. Cette piste de 250 km passe sur les hauts plateaux de l'intérieur, entre les calottes glaciaires du Hofsjökull et du Vatnajökull. Avec le temps qu’il fait on n’est pas très tranquilles !

Comme il y a un petit comptoir d’information touristique dans l’entrée du minimarket, on va consulter les oracles … et ici l’oracle a la forme d’une charmante jeune fille à qui on explique notre souci. Elle sourit en regardant dehors et convient qu’en effet, ce n’est pas vraiment engageant.
Elle nous dit qu’elle va essayer de joindre par téléphone le refuge de Nýidalur, qui est situé en plein milieu de la traversée, au pire endroit pour les conditions climatiques et les passages de gués. En dix secondes le gardien du refuge est au bout du fil et lui dit que là-bas, « ma foi, il fait certes assez froid mais pas si mauvais que ça, et que plusieurs 4x4 sont passés aujourd’hui sans problème … ».

Bon … soit ! on repart à moitié rassurés, en se disant qu’on consultera les autorités une dernière fois demain matin avant de se lancer dans la traversée …
Nous voilà repartis vers le Nord-Est du lac par la route 863, pour aller voir à quelques kilomètres d’ici la zone d’éruption récente des volcans Krafla et Leirhnjúkur (1984), encore fumants …

Juste au pied du Krafla, les islandais ont construit une centrale géothermique ultra-moderne. Elle est énorme : une vraie cathédrale du feu de la terre !
Mais il semble que ce projet ait été réalisé de manière un peu prématurée : la zone est encore extrêmement active, et l’immense bâtiment est régulièrement chahuté par les mouvements du sous-sol.

Il paraît que les ingénieurs s’acharnent pour le conserver et continuer l’exploitation de cet enfer, en attendant des jours plus sereins … Ont-ils fait un pacte avec le diable ou bien jouent-ils au bras de fer avec lui ?
Krafla

Mitraille de cristaux de glace au lac Helviti (« l’enfer »)
La centrale géothermique du Krafla

Bravo au plombier !
Par la route toute neuve, fumante sous la pluie, on monte au bord du magnifique lac turquoise du Helviti (dont le nom signifie précisément « l’enfer »).
On a pris de l'altitude et le vent a forci. Pour sortir, on s’équipe comme des cosmonautes … La vue sur le cratère est fantastique (photo ci-dessus), mais on ne s’attarde pas car les conditions sont vraiment dures : les rafales de vent nous font tituber et à travers nos cagoules de nylon on entend sur les oreilles le piquetis des petites aiguilles de glace projetées à l’horizontale !

En redescendant, un bref arrêt au Leirhnjukur s’avère encore plus dur : la voiture à l’arrêt est violemment secouée par le vent. Je m’équipe dans l’habitacle mais une fois dehors, je renonce après quelques centaines de mètres de mitraille glacée dans la figure !
Et dire qu’ici, à la même date, il peut parfois faire 15 ° ou plus ! C’est ça aussi l’Islande, il faut le savoir et l’accepter.


Il n’est que 5 h de l’après-midi, mais ça suffit pour aujourd’hui ! On rentre à notre douillette guesthouse de Þinghúsið Hraunbær.
Sur les 25 km de piste du désert de Holasandur, on pense déjà au thé chaud qu’on va se préparer dans la cuisine et aux bons biscuits islandais qui vont l’accompagner !

Plus tard dans la soirée, nous retrouvons John et Kevin (voir jour 8) qui ont passé la journée en cuissardes dans l'eau à 4 degrés de la Laxá. Ils ont pêché 25 truites, mais on s’étonne quand ils nous disent qu’ils les ont toutes relâchées … « Just for fun ! » nous disent-ils ! Ça c’est de la passion, non ?

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