Jour 8 : Húsavík - Péninsule de Tjörnes - Ásbyrgi - Parc national de Jökulsárgljúfur - Dettifoss     



Mercredi 9 Juillet.
Ah ! le buffet du petit déjeuner à Þinghúsið Hraunbær !
Un vrai régal et la gentillesse de Þórdis, notre hôtesse, en plus

On est vraiment bien ici !

Ce matin, on discute un peu avec son mari Jón, qui nous a accueillis hier soir. Il nous dit qu’il travaille au « Community center »à cinq kilomètres d’ici.


Le petit déj. à Þinghúsið Hraunbær
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Appétissant, non ?
Le Community center, c’est une structure qui existe un peu partout en Islande dans les zones rurales. On y trouve regroupés dans un complexe moderne une école, un dispensaire médico-social, une coopérative, un foyer associatif, et un guichet unique qui permet d’effectuer la plupart des formalités administratives. C’est un vrai modèle d’organisation sociale dans les zones d’habitat dispersé (cas général en Islande).

On pense inévitablement à nos zones rurales ou de montagne qui se meurent en France faute de savoir y maintenir les services qui permettent un minimum de vie sociale. Ici tout semble simple et pourtant l’isolement est grand et les conditions naturelles sont très dures pendant les longs mois d’hiver.

On demande à Jón comment est la vie en hiver ici. Comment on s’accommode de l’obscurité quasi-permanente, du froid, de l'humidité, du vent … ?
Il nous dit que de fin novembre à février, il n’y a que quatre heures de jour environ, de 11 h à 15 h. quand le ciel est dégagé.
Quand il fait mauvais, c’est au mieux de la pénombre pendant ces heures là, puis la nuit noire dès le milieu de l’après-midi. Mais ça n’a pas l’air d’être un problème quand on est né ici.
Pour le climat, il nous dit que parfois en hiver il lui arrive de mettre une heure pour aller à son travail au Community center, à 5 km d’ici, alors qu’en été il fait le même trajet en cinq minutes de voiture ! Les jours où c’est vraiment trop mauvais, l’école prévient par téléphone que la classe est annulée et les enfants restent à la maison.

On quitte notre guesthouse par un froid assez vif mais sous un beau soleil, par la route 85 vers la péninsule de Tjörnes. A une vingtaine de km., les séchoirs à poissons annoncent l’arrivée à Húsavík.

Avec ses 2500 h, c’est un petit port de pêche très coloré, mais aussi la capitale islandaise du « whale watching », les sorties en mer pour l’observation des baleines.

Le port d'Húsavík

Bateaux d'observation des cétacés
On a réservé hier soir par téléphone à la Compagnie Norður Sigling (tél. 464 23 50) pour une sortie ce matin. On embarque donc à 10 h sur le Náttfari, un bateau de pêche en bois reconverti dans l’observation des mammifères marins.

Un autre bateau du même type nous accompagne. Il conduit aussi un petit groupe de personnes et les deux bateaux assurent mutuellement leur sécurité.

En un peu moins d'une heure, on traverse le grand fjord Skjálfandi jusqu’au pied des montagnes enneigées de Viknafjöll, de l’autre côté.

A bord de notre bateau, la jeune guide islandaise qui commente la sortie nous dit que c’est là qu’on devrait rencontrer le plus de baleines et de dauphins.
Elle explique comment on va pratiquer, en respectant des distances importantes et en se mettant toujours par le travers des baleines pour ne pas les déranger. On se laissera éventuellement approcher, à l'arrêt, si les baleines le souhaitent, mais on ne coupera jamais leur route et on ne les poursuivra pas. Notre jeune guide est enthousiaste et elle nous dit que les conditions sont idéales ce matin car il fait beau et l’eau du fjord est calme comme un lac.

Manifestement, ces gens sont des passionnés des mammifères marins et ils ont une pratique du whale watching qui respecte des règles déontologiques rassurantes. Pendant le reste du trajet, elle donne des explications sur les différents types de baleines qu’on est susceptibles de voir, leur comportement et leur mode de vie. Essentiellement, dit-elle, en cette saison, des « Minky whales » ou baleines de Minke (petit rorqual), des animaux de 7 à 10 mètres de long et pouvant peser une dizaine de tonnes, qui se nourrissent de krill, mais aussi de calmars et de poissons.

Malgré le soleil, il faisait déjà frais sur les quais, (5 ou 6° C) mais ici, loin du port, dans le vent glacé et à l’ombre des grandes montagnes du fjord, ça n’a rien à voir : le froid est carrément, mais alors carrément-carrément mordant ! Heureusement, nous sommes bien équipés.
Les baleines en Islande
Arrivés à quelques centaines de mètres de la rive Ouest du fjord, c’est un vrai festival qui commence. Dans l’eau calme et sombre du fjord, nous voyons en une heure six baleines de Minke et plus de 35 dauphins.
Des apparitions qui nous enthousiasment tellement qu'on ne pense guère à faire des photos. Mais ce sont des instants vraiment magiques qu'on n'oubliera jamais !
Minky whale ! Minky whale !
Nous laissons les baleines à leur solitude glacée. Retour au port les yeux et la tête remplis de la magie de ces monstres gentils glissant calmement dans les eaux sombres du fjord …

Le chocolat chaud et les brioches aux raisins (servis sur le pont du bateau) sont très appréciés.
Retour à Húsavík Minky whale !
Notre jeune commentatrice fait le bilan de la sortie : elle est très satisfaite et nous dit qu’elle n’est pas étonnée car ce matin des conditions presque idéales étaient – selon elle – réunies.

A bord du bateau, tout le monde est émerveillé mais aussi ému devant ces miracles de la nature en liberté, ces animaux mythiques et débonnaires qui vivent heureux dans ces eaux glacées.

Comment et au nom de quoi peut-on encore les massacrer aujourd’hui ?
Crane de baleine à Húsavík

Nous sommes membres de l'association SOS Grand Bleu.
Pour en savoir plus sur la protection des mammifères marins
et les activités de cette association, cliquer sur le logo :
Vers le site de SOS Grand Bleu
L’Islande (avec le Japon et la Russie) a toujours été un mauvais élève de la Commission Baleinière Internationale, qui a pourtant décrété un moratoire général en 1986.
Elle semble s’être rachetée une conduite ces dernières années en développant le « whale watching » comme alternative à la chasse ou à la mise en captivité des mammifères marins, mais périodiquement des velléités de reprise de la chasse réapparaissent (encore en août 2003), sans doute sous l’influence de groupes de pression très minoritaires, car les islandais sont authentiquement l’un des peuples les plus respectueux et même amoureux de l’environnement.


Pique-nique sur le quai, café chaud sur le camping-gaz et puis on repart vers le Nord pour faire le tour de la péninsule de Tjörnes.
Ici, la côte est extrêmement sauvage et ventée. Il n’y a aucun arbre, pas même nain. On longe des falaises de 60 m de hauteur faites de coquillages fossiles, mais elles sont quasiment inaccessibles. Au bout de la péninsule, le cap Tjörnesta avec son phare, à 40 km du cercle polaire, est un site d’observation du soleil de minuit. Peu après, le panneau «Malbik endar» (fin du goudron) signale que la route 85 devient une piste.
On s’arrête devant la ferme de Máná (on prononce « Maô-Naô »). Voici le parking le plus insolite qui soit : le propriétaire, un vieux monsieur, l’a soigneusement délimité avec des cotes et des vertèbres de baleines échouées par ici !
Il nous accueille devant sa porte et nous propose de visiter la petite maison voisine dont il a fait une sorte de musée.
C’était la maison de ses ancêtres, il y a vécu avec ses propres parents, et maintenant, il a rassemblé ici du mobilier et des centaines d’objets usuels qui montrent comment était l’habitat et la vie ici autrefois. Dans un endroit pareil, le vieux monsieur ne doit pas crouler sous les visites ! Il est visiblement heureux de nous montrer tout ça et de nous l’expliquer (hélas dans un anglais vraiment minimal).
Merci Monsieur (dont nous avons oublié de demander le prénom), nous gardons un souvenir simple et authentique de votre maison de Máná !
Dans la maison de Máná
Au delà du cap Tjörnesta et de la ferme de Máná, la piste 85 entame une descente vertigineuse qui domine le panorama grandiose du delta de la Jökulsá á Fjöllum (« la rivière des glaciers des montagnes »).
C’est le plus long fleuve d’Islande qui se jette ici dans cet immense marécage qui borde l’Öxarfjördur.

Cette région est en plein sur l’axe du rift qui sépare la plaque américaine de la plaque européenne.
Au loin, on aperçoit des nuages de sable et de poussière soulevés par le vent. Aucune route ni piste ne mène là-bas, mais de toutes façons, il ne doit pas faire bon s’y attarder !
Le delta de la Jökulsá á Fjöllum
On traverse le delta sur quelques kilomètres en bordure d’une coulée de lave, jusqu’au carrefour de la piste F862, et on s’engage dans la petite route qui mène au fantastique canyon d’Ásbyrgi.
La légende dit que ce ravin gigantesque, en forme de fer à cheval, est la marque laissée par un sabot de Sleipnir, le cheval à huit pattes du dieu Odin (Oðin).
Nous entrons ici dans le parc national de Jökulsárgljúfur («le canyon de la rivière glacée»).
Le canyon d'Ásbyrgi
Nous voici partis en randonnée sur le sentier qui nous mène tout au fond de cette immense reculée encadrée de hautes falaises de basalte.

On ne sait pas si Odin est passé par ici mais en tout cas c’est un vrai jardin d’Eden ! Dans cet endroit abrité pousse une belle forêt de bouleaux arctiques, avec des oiseaux partout et un sous-bois incroyablement fleuri.
Il y a tellement de fleurs qu’on croirait qu’un jardinier a passé des journées à les cultiver !
Tout au fond du canyon, on s’arrête au bord du petit lac où s’ébattent des canards. Tout est calme mais le moindre bruit est amplifié et répercuté par l’écho des falaises qui nous entourent sur trois côtés.
C'est étrange et magique Ásbyrgi : ohééééhééééé Odin ! Odin ... din ...
Es-tu làààààààà ? lààà lààààà ?
Sous bois fleuri dans le canyon d'Ásbyrgi
Depuis le canyon d’Odin, on revient sur la route 85 et on prend, juste à côté du carrefour, la piste F862 qui traverse le parc national de Jökulsárgljúfur (« le canyon de la rivière glacée »).
On nous a décrit cette piste comme étant un peu plus difficile que celle de la rive droite de la Jökulsá, mais nettement plus intéressante. Après un petit chek-up carburant-pneus de notre vaillante Jimny, c’est sans hésiter qu’on s’y engage.
La piste passe en fait sur le plateau en bordure des gorges, et il y a de temps en temps des dérivations pour aller voir certains éléments.

On passe devant un immense volcan rouge, puis on va voir à pied les étranges colonnes de pierre de Hljóðaklettar (sur la photo ci-contre, je donne l'échelle).
Les  Hljóðaklettar    ça a du chauffer par ici !

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Un peu plus loin, un un petit embranchement sur la gauche permet d’aller voir les gorges de Hólmatungur.
Mais le clou du parc national de Jökulsárgljúfur, c’est Dettifoss !
Avec ses 5000 m3/s, c’est la chute d'eau la plus puissante d’Europe. Dettifoss, c’est la puissance glaciaire à l’état pur : le déluge d’eaux grises de la Jökulsá á Fjöllum se précipite dans un canyon d’orgues basaltiques avec un fracas de tonnerre. C’est vraiment géant !
Dettifoss Dettifoss
On prend un court sentier vers l’amont pour atteindre d’autres chutes, celles de Sellfoss, dans un décor minéral, gris et glacé.

Il n’y a personne, on est seuls … on est ... au pays de la création du monde.



Et en route Jimny, c’est reparti ! Après un parcours de piste vraiment chaotique et très lente (20 à 25 km/h maxi), on retrouve la route n° 1 qui nous mène à Reykjahlið, au bord du lac Mývatn, d'où on prend la piste 87 (Hólasandur) pour rentrer à notre guesthouse de Þinghúsið- Hraunbær, dans la vallée de la Laxá.
Sellfoss
Vers 9 h du soir, en préparant notre repas dans la cuisine, nous faisons connaissance avec John et Kevin (père et fils). Il sont de Washington DC et sont venus ici pour leur passion : la pêche à la truite.
Après quelques boutades à notre intention (" ah … vous êtes français ? … je ne sais pas si on doit vous parler … après votre attitude dans la guerre en Irak … ! "), il s'avère que nous sympathisons tout particulièrement et on passe une partie de la soirée ensemble.
Kevin est ingénieur en hydroélectricité et il a travaillé trois ans en Islande. Visiblement il a aimé ce pays et il en connaît chaque région, chaque site. On voit qu'il a plaisir à y revenir et à y amener maintenant son père, de temps en temps, pour une semaine de pêche à la truite.
A 23 h on discute encore dans le salon. Il fait beau dehors. Je sors dans le jardin, au bord de la Laxá, pour faire une photo de la maison éclairée par la belle lumière dorée du soleil couchant.
Vraiment, Þinghúsið-Hraunbær restera dans nos souvenirs de voyage comme notre guesthouse préférée !
La maison de Þinghúsið-Hraunbær (à 23 h)

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