Jour 7 : Akureyri - Hjalteyri - Godafoss - Vallée de la Laxá     


Mardi 8 Juillet - Excellent buffet-petit déjeuner à la ferme de Stóra-Vatnsskarð, dans la grande salle à manger familiale décorée de pas moins de quatorze grandes photos de bébés ! Tous les portraits des bébés de la famille ! Ici au moins on ne fait pas mystère qu’on aime les enfants !

Comme souvent, le petit déjeuner est l’occasion de faire des rencontres : on fait la connaissance d’un couple de brestois avec leur fille de huit ans. On les avait aperçus hier soir en train de dessiner dans les prés à côté des chevaux.
Ils nous montrent non sans fierté un magnifique cahier de voyage qu’ils confectionnent au fil de leurs étapes, avec plein de souvenirs, de dessins coloriés et d’objets collés …
On part à 9 h et on s’arrête à 2 km, juste avant Varmahlíd, pour voir la jolie petite église de Viðimýri, en bois, tourbe, pierre et gazon.

C’est une des trois dernières d’Islande à être encore utilisée pour le culte. Elle est ouverte : à l’intérieur de la maison du bon dieu, tout est propre et ça sent bon la cire.
A côté de l’église, quelques tombes couvertes d’herbe se distinguent à peine de l’herbe du pré. On est loin de nos caveaux de famille ostentatoires et monumentaux.
Cliquer sur les photos pour agrandir
L'église en tourbe de Viðimýri
Par la route n° 1 on remonte jusqu’au fond du fjord, on passe un col désolé qui donne dans l’Oxnadalur, puis on arrive à Akureyri.

Au bord de l’Eyjafjörður, dans un cadre de prairies fleuries de lupins, la vue sur la ville est belle.

Akureyri, dont le nom signifie « le champ de l’île » est la capitale du Nord de l’Islande et deuxième ville du pays avec ses 15000 habitants. Elle est à 100 km sous le cercle polaire, mais possède un des meilleurs climats de l’Islande et aussi un des plus beaux sites naturels du pays.
La ville vit surtout de la pêche et des industries de transformation du poisson.
Akureyri
On décide de revenir ici pour le repas de midi, mais en attendant, on va faire un tour à quelques kilomètres par la route 82, au petit village de pêcheurs de Hjalteyri sur la rive Ouest de l’Eyjafjörður.
Ambiance extraordinaire avec partout d’immenses séchoirs à poissons. Les poissons sont durs comme de la tôle de blindage et cliquettent au vent au bout de leurs ficelles. Les têtes sèchent à part (elles servent d’appâts pour la pêche).
Sèchoirs à poissons à Hjalteyri Le jour où internet transmettra les odeurs ...
D’ici, la vue sur le fjord est très belle, il y a plein d’oiseaux et quelques sternes arctiques nous font le coup de l’attaque en piqué pour nous intimider. Il fait soleil, mais ici le froid est vraiment mordant à cause du vent fort !
Heureusement d’ailleurs qu’il y a du vent car ça sent vraiment fort … mais nous emporterons quand même l’odeur sur nous et dans la voiture en repartant !
Il y a deux odeurs marquantes en Islande, l’odeur d’œuf couvé des eaux géothermiques, due à l’anhydride sulfureux, et l’odeur du poisson … A propos de cette dernière, quand on dit aux islandais que ça pue, ils répondent : « Mais non ! pas du tout ! c’est l’odeur de l’argent ! »
A proximité des séchoirs, trois hommes s’activent devant l’usine de traitement du poisson. Ils déballent des poissons congelés, agglomérés en plaques de 20 kg au moins.
On leur demande si on peut entrer dans l’usine pour jeter un coup d’œil. A l’intérieur, l’odeur est maximale ! Les poissons décongelés sont amenés sur une chaîne ou une dizaine de femmes les préparent pour le séchage. Elles les calibrent et les enfilent sur des ficelles avec une énorme aiguille courbe. Elles ont toutes un casque de walkman sur les oreilles et semblent faire ce travail comme des robots.
M’mmouais … ça fait pas trop envie comme boulot …
Le jour où internet transmettra les odeurs ...
Retour à Akureyri à midi.
La « capitale du Nord » ressemble plutôt à un village.
On se gare en « centre ville » et nous voici dans Hafnarstræti, l’unique rue piétonne avec quelques magasins sur une centaine de mètres.
Normalement en Islande les restaurants (les vrais, pas les snacks) sont inabordables.
Mais aujourd’hui on s’éclate : on s’offre un repas au restaurant Bautinn, cité dans les guides comme l’un des moins chers d’Islande !
Akureyri Akureyri
Bon repas avec soupe, buffet d’entrées et un plat de poisson en sauce (églefin), + bière et café. Le tout pour 5000 Ikr à deux (environ 65 euros). Un luxe abordable, non ?
Juste au dessus de la rue piétonne on fait une ballade dans les rues en pente du vieux quartier aux maisons pittoresques et colorées, puis un petit tour sur les quais du port au bord du fjord.
On quitte Akureyri vers l'Est par la route n° 1 qui passe près du lac Ljósavatn.
C’est ici que se trouvait il y a mille ans la ferme du viking Þorgeir Þorkelson. Ce personnage est une figure célèbre en Islande, presque un symbole. Un peu avant l’an mille, les clans partisans de la religion des anciens dieux scandinaves et ceux qui voulaient voir s’imposer la foi chrétienne nouvelle, étaient près de se faire la guerre.
A Þingvellir, lors de l’althing de 999, Þorgeir Þorkelson a convaincu son propre clan de renoncer à Thor et à Odin pour éviter une scission du pays et l’affrontement des deux religions.
« Mieux vaut renoncer à nos dieux que de nous déchirer dans les malheurs de la guerre ! », telle est la phrase qu’on lui prête dans les sagas.
Les innombrables personnages qui ont tant fait de mal, à travers l’histoire, au nom d’une religion, auraient bien fait de s’en inspirer …
Quelques kilomètres plus loin, un halo d’embruns s’élève dans le ciel : on va voir la spectaculaire chute de Goðafoss (« la chute des dieux »).

C’est ici que Þorgeir a jeté symboliquement les idoles représentant les anciens dieux scandinaves.
Goðafoss « la chute des dieux » Goðafoss
Ravitaillement en essence et provisions alimentaires à la station-service-minimarket de Fosshöll, près des chutes. Comme on a le temps, on décide de continuer vers le lac Mývatn dont on longe la rive Nord par la route 848, puis on prend la piste 87 qui traverse le désert du Hólasandur.
Dans ces étendues minérales, on a parfois du mal à se croire sur terre … pas étonnant que ce site ait servi de terrain d’entraînement aux astronautes d’Apollo XI pour leur mission sur la lune !

En attendant de revoir atterrir le LEM, les moutons se régalent à lécher la piste. Ils sont friands du sel qui a été répandu au printemps et qui s’est incrusté dans le sol.
Tout juste si on arrive à les chasser sur le bas-côté en arrivant sur eux. Parfois un coup de klaxon facilite les choses, mais sitôt qu’on est passés, on peut les voir dans le rétroviseur rejoindre le milieu de la piste pour revenir à leur gourmandise !
La friandise des moutons
La signalisation routière en Islande est assez extraordinaire : ici, on a beau être en plein désert, au croisement de Grenjaðarstaður, un immense panneau-carte (comme il y en a souvent en Islande) nous mène sans problème par la piste 853 à Þinghúsið Hraunbær, la guesthouse où nous sommes attendus ce soir, dans la belle vallée de la Laxá, au Sud d’Husavik.
          
Panneau-carte
Cliquer sur les photos pour agrandir
La guesthouse Þinghúsið Hraunbær au soleil, en pleine nuit
Þinghúsið Hraunbær est une maison moderne, sur la berge de la Laxá dont le nom signifie « rivière au saumon ». Les propriétaires habitent une autre maison à côté. Leurs deux enfants jouent dans le jardin et la jeune femme est enceinte du troisième. Accueil très cordial, superbe chambre au 1er étage.
La maison est vraiment très agréable : au rez-de chaussée, magnifique salon-salle à manger et grande cuisine moderne super équipée. C’est le meilleur hébergement de tout notre voyage, et ça tombe vraiment bien car nous restons trois nuits ici (alors que partout ailleurs nous ne passons qu’une nuit).
Alors qu’on est installés au salon en train de boire une bière en guise d’apéritif, on fait connaissance avec deux autres hôtes qui viennent d’arriver. Ce sont deux islandais venus pour la pêche au saumon dans la Laxá.
Un peu plus tard, ils apportent à la cuisine une grande marmite qu’ils mettent à chauffer et qui répand vite une odeur extrêmement appétissante. Sur la plaque chauffante d’à côté, notre soupe déshydratée « tomate-vermicelle » fait piètre mine.
Nous passons à table au même moment et, surprise ! ... ils nous invitent à partager leur plat ! C'est la soupe traditionnelle islandaise à l’agneau.
Ils nous expliquent que c’est l’épouse de l’un d’eux qui a préparé cette marmite pour les trois soirs qu’ils vont passer ici. C’est un vrai délice qui a mijoté pendant des heures et qui, nous disent-ils, s’améliore encore à chaque réchauffage.
Quand on vous dit qu’ils sont vraiment sympas, les islandais !
Mettez le pointeur de
la souris sur la soupe ...

Cliquez et approchez votre nez de l'écran pour sentir la bonne odeur de la soupe islandaise !

Voir la recette de cette soupe !
Nous passons le reste de la soirée avec eux. Ce sont des gens cultivés et ouverts. Intéressante discussion (en anglais) sur l’Islande, sa nature sauvage et préservée, mais aussi les menaces qui pèsent sur elle, ses ressources naturelles, son avenir …

Comme souvent au cours de ce voyage, on se dit que c’est une chance extraordinaire de faire ces rencontres, grâce au fait qu’on loge dans les fermes et guesthouses … et qu’on parle assez bien l’anglais !

Cliquer      Cliquer      Cliquer