Jour 4 : Borgarfjörður - Reykhólt - Piste Kaldidalur - Þingvellir     


Samedi 5 Juillet - A 8 heures moins le quart, voici Guðrún notre fermière avec un ensemble de plateaux emboîtés : c’est notre petit déjeuner ! Hum … ces grands toasts de saumon fumé sur le bon pain aux céréales beurré ! ! !

Ce matin, on prend la route n° 1, puis bientôt à droite la 53 en direction de la vallée de Reykhólt.
Depuis l’époque héroïque des sagas, cette région est connue comme une des plus riantes et fertiles d’Islande. Le climat y est relativement doux et abrité. Les herbages sont magnifiques, d’un vert incroyable, sur des sols humides enrichis pas les cendres volcaniques. Ici les fermes d’élevage ont toujours été nombreuses et prospères.

De cette région les vikings disaient que les prairies étaient si belles qu’elles dégoulinaient de beurre ! Comme quoi, quand on aime son pays, il n’y a pas qu’à Nice qu’on exagère !

On rejoint la route 516 qui remonte vers le village de Reykhólt et la zone d’activité géothermique.
Il y a plusieurs sources chaudes à gros débit qui alimentent les fermes et chauffent de grandes serres vitrées.

On s’arrête à Deildartunguhver : c’est la plus importante source d’eau chaude de la planète avec 190 litres par seconde à 97 °C. Ici, grâce à la géothermie, on cultive des fleurs et des légumes et en particulier des tomates.







Sur le parking, devant une grande serre, un petit kiosque contient des tomates soigneusement emballées dans des sachets transparents d’un kilo.
Il n’y a personne, mais pourquoi faire ? C’est tout simple : le prix est affiché et il suffit de mettre son argent dans la boîte disposée à cet effet.

Et oui, c’est ça aussi l’Islande ! Il est évident que chez nous, en quelques minutes tous les sachets de tomates auraient disparu, la tirelire aussi bien sûr, et peut-être le kiosque lui-même !
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Sources bouillantes à Reykhólt

Tomates géothermiques
Petite halte au hameau de Reykhólt. La jolie petite église en bois gris clair évoque « la petite maison dans la prairie » !

Ici se trouvait la ferme de Snorri Sturluson (auteur des plus célèbres sagas) et où il fut assassiné. Tout près, les archéologues ont découvert le bassin de pierre alimenté par une source chaude, dans lequel il se baignait.
L'église de Reykhólt La piscine de Snorri Sturluson
A partir de Reykhólt, on prend la route 523 puis la 518 pour voir les cascades de Hraunfossar (« les cascades de la lave »).

On arrive sous un beau soleil dans ce riant paysage de bouleaux nains. L’eau claire jaillit en abondance entre deux couches de lave, sur un flanc de la gorge. Tout près de là, Barnafoss (« la cascade des enfants ») est plus inquiétante. Dans un site encaissé, noir et rocheux, son grondement rappelle qu’on l’a nommée ainsi en raison de la noyade d’un groupe d’enfants.

Nous voici tout au bout de la vallée de Reykhólt, à Húsafell. C’est un lieu de prédilection des islandais en week-end: Ici se trouve l’une des rares « forêts » du pays. Forêt est un bien grand mot car les arbres sont des bouleaux nains qui ne dépassent pas la hauteur d’un homme, mais c’est un objet d’émerveillement pour les Islandais.

Ne recherchant pas particulièrement l’ombre (il fait soleil mais pas plus de 10° à midi), on va pique-niquer à quelques kilomètres de là, sur le site de Viðgelmir, en plein désert de lave.

Ici, la coulée a comblé le fond d’une large vallée, en formant un tunnel long d’un kilomètre et demi au-dessus de la rivière.
Par endroits, le plafond de cette galerie s’est effondré et il ne reste que des ponts de lave au dessus du vide. Ces tunnels naturels, souvent chauds, ont servi d’abris en hiver pour des proscrits et des hors-la-loi à l’époque viking.

Retour à Húsafell et vérification du niveau d’essence car cet après-midi nous allons emprunter la Kaldidalur, et la prochaine station service se trouve 130 km plus loin.
Hraunfossar

Les arches naturelles de Viðgelmir
La piste 550 dite Kaldidalur (« la vallée froide ») est une des plus célèbres pistes intérieures d’Islande.
Malgré son nom, c’est en général une des premières à ouvrir, dès la fin mai ou début juin certaines années. Elle passe entre les glaciers Okjokull et Thorisjokul.

La Kaldidalur n'est pas une piste "F" :
elle est autorisée aux véhicules non 4x4,
mais avec précautions et conduite lente.
(Véhicules fragiles s'abstenir !)
En rouge : la piste de la Kaldidalur (550)
Souvent citée dans les sagas, cette piste était déjà utilisée par les vikings il y a plus de mille ans, lorsqu'ils se rendaient au parlement de Þingvellir. La piste Kaldidalur
Sur l'autoradio-cassette : la bande originale du film « Danse avec les loups »

La superbe musique de John Barry s’accorde à merveille avec ces paysages grandioses.
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Il n’y a pas âme qui vive dans la Kaldidalur et nous ne croisons que quatre ou cinq voitures sur tout le trajet (heureusement car c’est souvent voie unique). Globalement la piste est bonne, et à 35 ou 40 km/h, tout va bien.

Il faut juste faire attention à quelques passages un peu chaotiques dans les côtes, d’autres en « tôle ondulée » par endroits, et rester vigilant sur les parties les plus roulantes pour éviter quelques blocs qui ont été pris d’un caprice pervers et ont quitté la bordure du chemin pour se balader sur la voie de circulation.
La Kaldidalur

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En continuant par la 52 on atteint la vaste plaine de Þingvellir (Thingvellir), traversée d’immenses fractures parallèles qui sont une partie émergée du rift medio-atlantique.

Ici s’écartent les plaques tectoniques européenne et américaine, et ce qui se produit normalement au fond de l’atlantique apparaît au grand jour, comme une évidence.

Parmi toutes ces failles, la plus célèbre est l’Almannagjá (« la gorge de tous les hommes »). Nous visitons ce site auquel les islandais vouent un véritable culte. C’est ici que se réunissaient en plein air, deux fois par an, les chefs vikings de toute l’île, pour rendre la justice et dire les lois.
Ici fut créé en 930 le premier « parlement » du monde, l’alþing, et c’est ainsi que l’Islande fut gouvernée pendant des siècles, jusqu’à ce qu’elle passe sous le joug de la Norvège, puis du Danemark.

Au moyen-âge en France, les chroniqueurs qui évoquaient les terres lointaines des vikings islandais savaient peu de choses de ce pays, mais ils disaient fort justement : « Là bas il n’est point de rois, seulement la Loi ».

Tout islandais a une partie de son cœur qui bat à Þingvellir. En 1944, lorsque l’Islande s’est libérée de la tutelle danoise, c’est bien sûr ici, devant l’Almannagjá, que l’indépendance a été proclamée et que les couleurs de la République ont été solennellement hissées.

Þingvellir est relativement proche de la capitale et est au programme de tous les circuits organisés. C’est sans doute l’endroit où nous avons croisé le plus de touristes pendant notre voyage, mais la fréquentation n’a quand même rien à voir avec celle d’un site touristique de chez nous !
Þingvellir : l'almannagjá

La plaine de Þingvellir
Après ces dévotions tectonico-patriotiques (et aussi un bon chocolat chaud), nous prenons la route n° 36 qui longe le lac de Þingvallavatn, puis la piste 365 par la petite station thermale de Laugarvatn, et enfin les routes 37 et 35 pour arriver à la ferme de Sel où nous sommes attendus ce soir.

« Sel », dont le nom signifie « la bergerie » est une véritable bergerie, flanquée d’un magnifique bouquet d’arbres dont la croissance miraculeuse doit faire la fierté du propriétaire ! Il y a des moutons partout (et leurs excréments aussi), sur le chemin d’accès et jusque devant le portillon de la maison. Il y a du vent, il tombe une petite pluie fine et il fait carrément froid.

Nous sommes gentiment accueillis par la fermière, une géante aux cheveux gris. Après le rituel du déchaussage dans l’entrée (en Islande, il est complètement impensable d’entrer dans une maison avec des chaussures, même si c’est très propre dehors), elle nous montre notre chambre au premier étage puis on redescend dans sa cuisine où elle nous présente son chat qui dort sur un radiateur, devant la fenêtre. Elle nous prête sa bouilloire électrique pour faire du thé et pendant ce temps, elle s’active à ses fourneaux. Elle fait frire des oignons car - nous dit-elle - elle a cinq hôtes à sa table, ce soir.
Comme nous sommes en B&B et que nous ne prenons pas le repas, elle ne peut mettre à notre disposition qu’une petite cuisine annexe au sous-sol, plutôt froide et sommairement équipée. C’est pas terrible … Nous ne l’utiliserons que pour y faire chauffer notre soupe !

L’hébergement dans les fermes en Islande est généralement très confortable et indépendant, mais ici, à Sel, c’est un peu l’exception. De toutes les fermes où nous avons logé, c’est sans doute la plus « rustique », et la seule où on partage vraiment les locaux d’habitation des propriétaires.
La bergerie de Sel

Notre chambre à la ferme de Sel
La salle de bains contient les flacons de shampoing et les produits de toilette de la fermière, et la chambre qu’elle nous a donnée, très coquette et confortable par ailleurs, est visiblement occupée par les gens de la maison le reste de l’année.
On y trouve en effet, sur de longues étagères, la collection des magazines de couture et de tricot de la fermière, des bouquins islandais par centaines (dont « Danse avec les loups », tiens, tiens …) et même sa collection d’albums photos depuis les années soixante !
C’est ainsi que, bravant toute indiscrétion, nous parcourons ces scènes charmantes où on la voit en famille, avec ses moutons devant la ferme, puis en vacances au Danemark, à Paris dans les années 70, en Espagne, et même toute jeunette (mais aussi grande !) en voyage de noces à Lillehammer en Norvège !

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