Jour 15 : Hveragerdi – Péninsule de Reykjanes – Blue lagoon – Reykjavík   


Mercredi 16 juillet - On quitte la ferme de Sólheimahjáleiga vers 9 h vers l’Ouest par la route n° 1, dans un décor de falaises, de grottes et de cascades. Il fait beau et la pureté de l’air est extraordinaire.
La côte Sud de l’Islande est vraiment magnifique par ici, en longeant l’Eyjafjallajökull ! Avec ses 1666 m à dix km à peine de la côte, c’est la dernière calotte glaciaire en allant vers l’Ouest.
Un nom bizarre l’Eyjafjallajökull ? Mais non, c’est tout simple : prenez-le à l’envers : « jökull » = le glacier, « fjalla » = des montagnes, « eyja » = des îles … « le glacier des montagnes des îles » ! En effet, au large on voit bien l’archipel des îles Vestmann (Vestmannaeyar).
A partir d’ici, la route n° 1 s’éloigne de la côte et on entre dans la région agricole la plus riche d’Islande : la plaine de Hella et de Selfoss.

Agricole est un bien grand mot, car il n’y a pas de cultures en plein air, seulement des herbages pour l’élevage. Mais cette plaine a le climat le plus tempéré d’Islande et c’est la principale région de production laitière du pays.

Partout les agriculteurs s’activent pour faucher, retourner, sécher et emballer sous plastique les bottes de fourrage.
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Pour les cultures, on ferait mieux de parler d’horticulture sous serres, des serres chauffées par la géothermie. Nous arrivons vite à la capitale incontestée de la culture géothermique : Hveragerði, dont le nom signifie tout simplement « les jardins chauds ».

C’est un des endroits d’Islande où la géothermie est la plus importante et la plus facile à exploiter. Ici, dans des dizaines d’hectares de serres vitrées, on cultive toutes sortes de fleurs, de légumes et de fruits (on y produit même des bananes !).
A l’évidence, Hveragerði est une ville riche : architecture moderne, espaces publics magnifiques, belles villas partout, gros 4x4 devant les portes … !

Mais ici, on vit carrément sur le feu de la terre : la chaleur souterraine est si proche qu’il faut s’attendre à tout. Les habitants sont forcément un peu blasés et philosophes devant les caprices de la nature.
En se baladant dans un quartier, on passe devant des villas qui ont des caniveaux fumants devant la porte et des sources bouillantes au coin de la rue ou même dans leur jardin !
Il y a quelques années, une fissure crachant de la vapeur s’est ouverte dans le salon d’une maison ! Une autre maison a vu une petite mare de boue en ébullition s’agrandir tranquillement et grignoter son parking.

Encore plus fou : ailleurs dans le village, il y avait une sorte de puits naturel où les habitants d’autrefois avaient pris l’habitude de jeter leurs détritus. Un beau jour, le puits en question s’est réveillé, un geyser furibard en est sorti et a expulsé des décennies d’ordures à la ronde ! Retour à l’envoyeur !
Hveragerdi

Krisuvík
On part maintenant visiter la péninsule de Reykjanes, au Sud-Ouest. Le temps est splendide, soleil et pas de vent. On quitte la route n° 1 et on prend la piste 42 qui longe la côte Sud.
A notre étonnement, cette piste proche de Reykjavík, non goudronnée mais néanmoins autorisée aux véhicules de tourisme, s’avère assez dangereuse, peut-être une des plus sournoises parmi toutes celles que nous ayons empruntées. En effet, elle est assez roulante et tout à coup il y a des passages de « tôle ondulée » qui peuvent déstabiliser la voiture en faisant tressauter les roues directrices dans les virages.
Encore pire que la « tôle ondulée », il y a assez souvent du « flying gravel »
Le « flying gravel », c’est sans doute le pire danger sur les pistes islandaises. Ce sont des graviers arrondis, posés sur la piste en terre dure. Le résultat est facile à imaginer : on roule carrément sur des billes !
Par moment, dans certains virages (notamment les virages en descente et en dévers) on n’a plus de direction, c’est comme sur du verglas !
Il faut donc conduire comme sur la glace, c’est à dire lentement, toujours sur un petit rapport pour maintenir la motricité des roues, et surtout ne pas freiner ni donner de coups de volant, sinon c’est la perte d’adhérence garantie.
Gravier instable
Flying gravel !

Dans sa quasi-totalité, la péninsule des fumées (c’est la signification de Reykjanes) n’est qu’un immense champ de laves. On s’arrête aux solfatares de Krisuvík où la chaleur de la terre entretient des champs actifs de fumeroles soufrées et des mares de boue bouillonnantes.

Ici comme ailleurs en Islande, un simple panneau informatif prévient du danger, il n’y a pas la moindre barrière qui empêche de se promener où on veut.
Krisuvík Krisuvík
On reprend la piste 427 vers Grindavík puis la 43 vers le célèbre " Blue lagoon ", tout proche.
Au milieu d'immenses champs de laves noires chaotiques, une grande usine géothermique est à l'origine de ce site très prisé des islandais et qui est devenu aussi un " incontournable " des circuits touristiques proches de la capitale.

Le " Bláa lónið " (lagon bleu) est un grand lac d'eau turquoise alimenté par le trop plein du forage géothermique. L'eau y est à 38 degrés en moyenne et sa couleur incroyable est due à la silice en suspension, qui tapisse également le fond. Les islandais lui prêtent des vertus curatives pour la peau.
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Bláa lónið
Il est midi, il fait un temps radieux et le « Bláa lónið » est très fréquenté. Ça nous fait un peu bizarre de voir tant de monde après nos deux semaines passées à parcourir un pays vide …
Il faut sans doute un temps d’adaptation ou de réadaptation, mais toujours est-il qu’on n’a pas trop envie de se baigner là-dedans, avec tout ce monde …
On traverse l’immense bâtiment d’accueil, une vraie cathédrale toute vitrée, et on débouche sur les terrasses au bord de l’eau bleue fluo, entourée de chaos de lave noire.
Mmmouais … ! Pour y voir un lagon tropical, il faut avoir de l’imagination ! Il manque du sable et des cocotiers (en mettront-ils en plastique bientôt ?), et cette eau à la couleur irréelle dans un chaos de laves noires déchiquetées et stériles évoque davantage un « après-catastrophe nucléaire » que les délices du lagon de Mooréa …
Bláa lónið
Il y a des baigneurs partout. Ils ne nagent pas car l’eau n’est pas très profonde, ils font trempette, sans plus.

Certains se sont fait un masque blanc avec la crème de silice ramassée au fond, ce qui ajoute encore à l’impression bizarre d’être dans un film de science-fiction, genre « les survivants de l’apocalypse » !
Bláa lónið Bláa lónið
D’un commun accord, à défaut de baignade, on décide donc de se rabattre sur … le restaurant du complexe balnéaire.
Parmi les choix possibles, le « hamburger spécial Blue lagoon », accompagné d’une bière Viking, s’impose vite comme une évidence. Pour 2000 Ikr par personne (environ 26 euros), une grande assiette avec une belle pièce de viande hachée dans un vrai pain au sésame, une grande salade composée et plein de grosses frites « à la française » : pas mal, non ?
A la fin du repas, surprise : on retrouve les américains de Chicago rencontrés à Ingólfshöfði lundi dernier ! Ils prennent l’avion ce soir pour les States. Le contact était passé facilement il y a quelques jours, mais cette fois c’est carrément grandiose …
En plein restaurant, exclamations (« Hi ! Hi ! … »), rigolades, accolades et renouvellement mutuel des invitations transcontinentales !
Le monde est-il vraiment un village ?


On rentre à Reykjavik tranquillement en début d’après-midi, par la route 41. Traversée d’Hafnarfjörður, la grande banlieue de Reykjavík, routes à quatre voies et premiers feux rouges depuis … une éternité ! Silence dans la voiture …

On doit rendre Jimny à l’agence Hertz à 17 heures. On s’arrête à une station-service pour lui faire une toilette complète : carrosserie, vitres, tapis de sol, coffre, on nettoie tout à fond et on refait le plein maxi. Tout est en bon état, à part la peinture un peu érodée par les projections de cailloux sous la calandre et devant les passages de roues arrière.

On passe à l’hôtel Björk pour déposer nos bagages et nous voici chez Hertz à l’heure prévue, 3998 km au compteur temporaire … On entre sur le parking et on gare soigneusement notre compagne de voyage.
Jimny
On se regarde ... Séquence émotion … : beaucoup de temps forts pendant ce voyage sont vraiment liés à cette voiture. Elle a été notre moyen de transport, mais aussi parfois notre bulle, notre cocon chauffé !
On se revoit sur la grande piste du Kjölur, dans les montagnes de Kerlingarfjöll, au Krafla, dans les gués d’Eldgjá … On repense aux cafés et aux thés souvent préparés dans l’habitacle, sur le camping-gaz, à l’abri du vent ou de la pluie. On revoit certains pique-nique en pleine nature, les tomates, le sel et le pain sur le tableau de bord alors que la voiture arrêtée était secouée par les bourrasques …

Quatre mille kilomètres, dont deux mille de pistes environ, pas une panne, pas même un pneu éclaté ! Bravo et mille mercis Jimny, on te souhaite de continuer longtemps tes aventures avec d’autres locataires.
Chek-up avec l’employé de service : tout est ok. On regrette de ne pas voir Arní pour le remercier et lui dire qu’on a mis à profit ses bons tuyaux pour le Sud, mais il n’est pas là. Un employé nous raccompagne au centre-ville en monospace.
Il est 17 h 30 et il fait un temps magnifique, on se croirait à midi. On s’installe sur un banc au soleil sur l’Austurvöllur, la place du parlement. Les parterres de fleurs sont splendides et des centaines de jeunes gens sont assis sur les pelouses.

Il fait une chaleur caniculaire pour l’Islande : 17 ° C !
Les jeunes sont en débardeurs et en dos-nus ! C’est l’été ! Tout le monde mange des glaces … et ça fait envie.
En cherchant dans nos poches, on trouve les toutes dernières pièces islandaises qui restent des 1000 euros changés le jour de l’arrivée (84 540 Ikr). Il nous reste 300 Ikr. Le plus petit pot de glace est à 280 Ikr (3,3 euros) : c’est parfait !

On partage notre glace en se chauffant au soleil … « Ís og eldur … » la glace et le feu …
La place Austurvöllur

Sur la place Austurvöllur
Le parlement

Sur la place Austurvöllur
Bless Ísland ! Au revoir l’Islande !

Demain on s’en va … mais dans nos têtes, mille souvenirs tournent et reviennent.

On a fait de nombreux voyages un peu partout dans le monde. Mais l'Islande, c'est spécial. Peut-être un peu magique. On est vraiment accros ...

Plusieurs mois plus tard, les jours passent et … on est encore un peu là-bas.
Entre nous, il suffit d’évoquer un mot, un moment, un nom de lieu, un personnage de là-bas, et une lumière du Nord s’allume … une émotion nous saisit ...

On reviendra bientôt !
      Au revoir l'Islande !

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