Jour 12 : Kirkjubæjarklaustur – Jökulsárlón – Skaftafell – Oræfi (Litla Hof)     


Dimanche 13 Juillet, huit heures du matin : à la ferme d’Hunkubakkar, le plus bel endroit c’est la salle à manger ! C’est une grande véranda construite en poutres de pin verni, vitrée sur trois côtés, le mur intérieur en pierre naturelle.

Le buffet est à la hauteur du décor : une accumulation de bonnes choses ! On ne peut pas goûter à tout et il y a des choix draconiens à faire ! Le saumon fumé en tout cas est parfait. Quant au gâteau au muesli préparé par Ragnaheiðhur notre jeune hôtesse, c’est un vrai délice.
On part vers 9 h et on s’arrête tout près d’ici, au village de Kirkjubæjarklaustur !   On est au pays des noms imprononçables ?
Mais non ! On prononce " Kirr-kyou-bèè-yarr-klaos-turrr " (... tout simplement !)

En fait, ce n’est pas si compliqué, car il n’y a pas de noms propres en Islande, les noms de lieux sont des descriptifs plus ou moins longs et "disent" en général ce qu'il y a dans un lieu. Ici, ça s'appelle tout simplement « église-ferme-couvent » ! ... et il y a (ou plutôt il y avait) ... une église, une ferme, et un couvent ! ! !

Grand décrassage de Jimny grâce aux balais à eau de la station-service, vérif-pneus et dessous de caisse (rien n’a souffert hier …), plein d’essence, et achats alimentaires au mini-market qui est ouvert, bien que ce soit dimanche !
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La route n° 1 près de Kirkjubæjarklaustur
Kirkjubæjarklaustur est une petite bourgade de 150 habitants miraculeusement épargnée par la terrible éruption du Laki en 1783 qui fut, pense-t-on, la plus importante éruption volcanique de l’histoire de l’humanité. Les coulées de lave ont recouvert près de 600 km2 de terres à pâturages et créé le désert de l'Eldhraun ("la lave du feu").

Alors que le village semblait condamné par l'avancée de la lave, on raconte que le pasteur de l'époque rassembla ses ouailles dans l'église et leur fit un sermon extraordinaire, connu sous le nom de "sermon du feu", et que la coulée de lave s'arrêta à la fin de l'office, à quelques mètres des premières maisons.

A la sortie de Kirkjubæjarklaustur, on s’arrête pour voir le site de Kirkjugólf (« le pavement de l’église ») : dans un pré, c’est un affleurement naturel de colonnes d’orgues basaltiques qui a été aplani et poli par l’érosion.
On dirait vraiment les pavés d’une église et c’est d’ailleurs ce qu’ont crû longtemps les habitants de ce lieu.
Kirkjugólf

Voir les pavés en gros plan
On prend la route n° 1 vers l’Est et nous voici bientôt au niveau de la ferme de Núpsstaður. Jusqu’en 1974, la route n° 1 s’arrêtait ici.

Aucune piste n’avait jamais pu franchir les immenses étendues du Skeiðarársandur, le plus grand « sandur » du monde, où aboutissent les immenses glaciers issus de la calotte du Vatnajökull. C'est une zone de sables d'un noir profond, à perte de vue, parcourus par les centaines de chenaux des eaux de fonte de la calotte glaciaire du Vatnajökull.

Pour rejoindre l’Est de l’Islande, il fallait faire le grand tour par l’Ouest et le Nord, ou bien passer par la mer. En été, le fermier de Núpsstaður convoyait parfois des voyageurs à travers le sandur, sur une charrette tirée par des chevaux. Mais de nombreux récits rapportent que les sables mouvants engloutissaient régulièrement les cavaliers imprudents et leurs montures !
Le skeiðarársandur, le plus grand sandur du monde
Aujourd’hui, il est interdit de s’aventurer dans le Skeiðarársandur en dehors de la route n° 1. Un ensemble de ponts et de sections sur pilotis permettent de franchir cette zone et raccordent la route n° 1 aux régions du Sud-Est de l’Islande.

Mais à quel prix ! le sandur est périodiquement laminé par les « jökulhlaup » (le terme technique français est « lahar ») : ce sont de gigantesques déluges d’eau, de glace et de boue déclenchés par les éruptions sous-glaciaires du Grimsvötn, le volcan situé sous le Vatnajokull tout proche.
A notre gauche, des langues glaciaires arrivent jusqu’à la plaine côtière.

On s’avance pour aller à la rencontre du glacier : tout est gris et noir, gargouillis d’eau dans les entrailles de la bête … c’est un peu inquiétant.
Les langues glaciaires arrivent dans la plaine côtière
Le front du glacier
Juste après un très long pont en aluminium on peut voir la trace du dernier jökulhlaup qui a ravagé tout le secteur en novembre 1996.
En plein désert noir, un immense oiseau blessé en métal rappelle cette catastrophe.
C’est un monument commémoratif, constitué de deux énormes morceaux du tablier métallique de l’ancien pont, tordus comme de vulgaires fils de fer !
Monument Skeidararsandur
On passe au niveau du parc national de Skaftafell, mais on décide de profiter qu’il fait beau pour poursuivre jusqu’à la lagune glaciaire de Jökulsárlón, située au point où le grand glacier du Breiðamerkurjökull atteint le niveau de la mer.

Après une trentaine de km de traversée de sandur, c’est le choc !
On se retrouve dans les glaces de l’Arctique !
Jökulsárlón
Le front immense du glacier lâche des centaines d’icebergs dans le lac, lui-même relié à la mer par un chenal d’une centaine de mètres. Le spectacle est d’une beauté fascinante sous le soleil.
On se gare au parking et on va faire un tour sur la berge. Tout est calme et silencieux, on reste bouche-bée devant cette scène d’un autre monde.

On embarque sur un étrange véhicule amphibie pour aller sur le lac. Les conditions de sécurité sont draconiennes : gilets de sauvetage pour tout le monde bien sûr, et un marin-accompagnateur monte à bord avec nous, équipé d’une combinaison de survie en eau glacée. On dirait un cosmonaute !
Il est prêt à se jeter à l’eau si jamais quelqu’un tombait. Un autre "cosmonaute" nous suit en zodiac à quelques mètres, prêt à réagir lui aussi en cas de problème.
Jökulsárlón
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Jökulsárlón
Véhicule amphibie à Jökulsárlón
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Notre accompagnateur nous explique qu’on ne s’approchera pas trop près du front du glacier car c’est dangereux.

Lorsqu’un iceberg s’en détache il se produit un mini raz-de marée qui pourrait mettre en péril notre embarcation.









Notre navigation sur le lac est un spectacle hallucinant. Certains icebergs ont des formes fantastiques et des couleurs qui vont du blanc d’opale au bleu pur. D’autres ont des stries noires dues aux inclusions de cendres volcaniques dans la glace.





On devine leurs énormes masses sous l’eau pure et calme. Il n’y a qu’une petite partie de leur volume au-dessus de l’eau, les huit-dixièmes sont immergés.
Il faut être prudent pour s’en approcher car leur centre de gravité se déplace sous l’effet de la fusion et ils peuvent alors basculer de manière imprévisible en provoquant des remous dangereux.
Jökulsárlón

Jökulsárlón

Jökulsárlón
L’homme du zodiac nous fait passer un morceau de glace qu’il vient de ramasser dans l’eau. On dirait du verre pur et massif, il n’y pas la moindre bulle d’air à l’intérieur.
Notre accompagnateur nous explique que la glace qui atteint la mer aujourd’hui s’est formée il y a au moins 500 ans, et que l’absence totale d’air est due à la compression et à la durée.
de la glace de 500 ans !
Vous prendrez bien un glaçon ?
A partir du moment où ils se détachent du glacier, les icebergs mettent cinq à six ans à fondre dans le lac, jusqu’à ce que leur taille leur permette d’emprunter le chenal et de rejoindre la mer.
La disposition du lac et l’existence de ce chenal sont d’ailleurs une chance, car ils empêchent que de trop gros icebergs dérivent en mer et causent des risques pour la navigation au Sud de l’Islande.
On pique-nique au bord du Jökulsárlón, devant ce spectacle d’une rare beauté … Vous prendrez bien un glaçon ?
On va faire un tour sur la plage toute proche. Là, les petits icebergs qui ont pu passer par le chenal sont échoués sur le sable noir et sont repris par la marée montante.
Sous le soleil, la glace passe directement de l’état solide à l’état gazeux. Ce phénomène qui s'appelle la sublimation, provoque un halo de vapeur autour des blocs.
L’endroit est sympa, mais pour la baignade, prévoir le maillot fourré et les moufles !
La plage de Jökulsárlón La plage de Jökulsárlón
Retour vers l’Ouest en voiture, à quelques kilomètres on prend une petite piste qui mène à un autre lac glaciaire, le Breiðárlón, au débouché du glacier Fjallsjökull.

Les icebergs sont magnifiques. Le silence est impressionnant. On est seuls ...
Là, tout n’est qu'ordre et beauté ... ( ... luxe, calme et volupté … - Merci Baudelaire !).
Breiðárlón
Le temps change, il est temps de filer vers le parc national de Skaftafell qui est notre objectif pour cet après-midi.
C’est le plus célèbre des trois parcs nationaux d’Islande, blotti au pied des glaces de l’immense calotte du Vatnajökull.
On fait deux petites randonnées, l’une à travers la moraine, sous un ciel menaçant, jusqu’à la langue glaciaire du Skaftafellsjökull, et l’autre sous la pluie mais à travers des prairies et des sous-bois fleuris, jusqu’à la belle cascade de Svartifoss, sculptée dans les orgues basaltiques.

Au retour, on passe un moment à la maison du parc national. Les panneaux explicatifs sont remarquablement bien faits, on voit une vidéo de l’éruption sous-glaciaire du Grímsvötn en 1996 et du « jokullhaup » qui s’en est suivi.

Parc national : voir une maquette du Skeidararsandur et de Skaftafell.
SvartifossLupin
Le Grímsvötn est en activité permanente sous la calotte glaciaire du Vatnajökull, il symbolise la devise de l’Islande « Ís og eldur » : la glace et le feu.

Périodiquement l’activité volcanique augmente et il se forme alors un lac sous-glaciaire de plusieurs millions de mètres cubes qui finit par se déverser sur la plaine au bout de quelques jours.

En novembre 1996, une éruption sous-glaciaire du Grímsvötn a déclenché un déluge dépassant l’imagination. Un flot de 45 000 mètres cubes par seconde (vingt fois le débit du Rhône à son embouchure !) a laminé le Skeiðarársandur.

En quelques heures, trois milliards de mètres cubes d'eau et de boue on emporté routes et ponts, traînant sur la plaine noire des blocs de glace de 1500 tonnes, grands comme des immeubles de cinq étages.

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Schéma volcan sous-glaciaire

Détails et photos sur
le jokullhaup de 1996
Heureusement, ici comme partout en Islande, la séismologie et l’activité volcanique sont surveillées en temps réel et il n’y a pas eu de victimes. Les islandais sont assez fatalistes face à ce genre de phénomène. Ils ont une expression fort juste pour en parler avec sérénité : « L’Islande se construit », disent-ils.
La ferme de Litla Hof où nous sommes attendus ce soir est toute proche, on y arrive vers 19 h. sous une pluie battante.

On est ici juste au pied du point culminant de l’Islande : le Hvannadalshnúkur (sommet de l’Oræfajökull) écrase la région de sa masse blanche. Le sommet (2119 m) n’est qu’à 15 km à vol d’oiseau de la ferme.
Il n’y a pas de cuisine commune à Litla Hof. On fait donc chauffer la soupe dans notre chambre, au rez de chaussée.

Après le repas, la pluie a cessé et un rayon de soleil réapparaît, confirmant le proverbe islandais : « Si vous n’êtes pas content du temps, attendez cinq minutes ! ».
La ferme de Litla Hof
Belle promenade à pied dans les environs : la petite église de Hof, aux murs de pierre et de tourbe, est une des plus jolies d’Islande.
Dans le cimetière attenant, les tombes sont faites de petits tumulus en mottes de tourbe couvertes d’herbe.
En lisant les dates qui sont inscrites sur des plaques de pierre ou de bois, on remarque que la plupart des gens qui sont enterrés ici ont vécu en moyenne 90 ans …
L'église en tourbe de Hof Dans l'église en tourbe de Hof
Cette petite communauté humaine est très particulière en Islande. C’est la région de l’Oræfi (« le désert »), la région habitée la plus isolée du pays (voir carte) jusqu’à une période très récente.
En effet, la route n° 1 ne fait le tour complet de l’Islande que depuis 1974. Jusque là, elle s’interrompait au niveau de la ferme de Núpsstaður, à l’Ouest du Skeiðarársandur, et elle ne reprenait qu’à Höfn, 160 km plus à l’Est.
Au milieu de nulle part, l’Oræfi était dans un isolement extrême. Les habitants y vivaient en quasi-autarcie et le courrier n’y était distribué que deux fois par an !

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