Jour 11 : Landmannalaugar – Eldgjá – Kirkjubæjarklaustur      


Samedi 12 Juillet. On se lève tôt ce matin car aujourd’hui c’est un temps fort de notre voyage, sans doute le plus attendu et le plus préparé …

Nous allons traverser le Fjallabak, sans doute la région la plus extraordinaire d’Islande, par la célèbre piste F208 Landmannalaugar-Eldgjá.
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La piste F208 Landmannalaugar-Eldgja
Il est 7 h 30 mais dans la salle à manger de Steinsholt, point de buffet servi … On devra attendre 8 h pour voir émerger nos deux très jeunes hôtesses, toutes ébouriffées au saut du lit … Il y avait de l’ambiance hier soir dans la partie de la maison qui leur est réservée, la fête a du battre son plein fort tard et ce matin le démarrage à l’air un peu difficile.
Ce n’est pas grave, en attendant on discute avec un jeune couple belge qui attend aussi le buffet. En dix minutes, tout est prêt, servi, et … bon ! Au revoir Steinsholt …
Une belle ferme et des locaux agréables, mais on a cru comprendre que les adultes étaient trop occupés en cette saison par les travaux des champs et qu’ils déléguaient à peu près totalement la guesthouse à ces deux gamines, un peu livrées à elles-mêmes.

Départ par un temps frais et un peu maussade en remontant la vallée de la Þjörsá par la route 32. Rencontre insolite au bord de la route : un auto-stoppeur en T-shirt et nu-pieds ! ! ! Que peut bien faire ici ce personnage dans cette tenue et sans le moindre sac ? Il ne peut être qu’islandais ! Nous n’avons pas de place pour le prendre car notre banquette arrière est repliée pour caser notre matériel.

On s’arrête pour visiter la reconstitution de la ferme viking de Stöng, à þjödveldisbær.
La véritable ferme, détruite en 1104 par une éruption du volcan Hekla, a été retrouvée par les archéologues à quelques kilomètres d’ici.
La reconstitution est parfaite, avec ses murs très épais faits de mottes de tourbe soigneusement agencées et ses toits couverts d’herbe bien verte …
La ferme viking de Stöng La ferme Viking de Stöng
On longe ensuite le grand complexe hydroélectrique de la Þjörsá avec ses successions de barrages, puis nous voici à pied d’œuvre à la station-service de Hrauneyafoss. Cette station est située à un endroit vraiment stratégique car c’est à partir d’ici que les gens s’engagent soit dans le Sprengisandur vers le Nord, soit comme nous dans le Fjallabak vers le Sud-Est.

Petit check-up des pneus de notre Jimny, gros plein d’essence et renseignements sur l’état de la piste F208 : tout est ok, et c’est parti !
Au moment de repartir, un 4x4 se gare à côté de nous … le passager qui en descend n’est autre que notre auto-stoppeur en T-shirt de tout à l’heure ! Il se rendait tout simplement à son travail …
A peine engagés sur la F208, le paysage change et devient assez incroyable : la piste s’insinue entre des montagnes d’un beau noir mat, striées de jaune fluo.
Le contraste est surprenant, on dirait qu’un géant armé d’un Stabilo s’est défoulé par ici ! Il n’y a aucune végétation et ces grandes stries jaunes sont des mousses, la seule vie végétale qui parvienne à s’accrocher ici.
Le début du Fjallabak Vallée de la Tungnaá
Il n’y a plus personne sur la piste, on est seuls. Ici c’est le quaternaire, c’est l’époque périglaciaire … les paysages sont en construction. La vallée de la Tungnaá est grandiose avec sa rivière qui se divise sur toute la largeur en multiples chenaux divagants. Il y a 80 000 ans, les vallées de la Garonne, de l’Isère ou de la Durance ont certainement été comme ça …
On fait une petite escapade par l’embranchement de la piste qui mène au Ljótipollur.

Son nom signifie « l’infâme bourbier », mais ce cratère d’explosion n’a rien d’une mare.
Un lac turquoise remplit le fond de cette grande cuvette aux pentes rouges et noires. C’est très impressionnant.
Ljótipollur Ljótipollur
L’arrivée à Landmannalaugar est aussi un classique en raison des deux gués successifs (l’un d’eau froide, le second d’eau chaude) qui sont situés à peine à cent mètres avant le camp.
Une partie des véhicules s’arrête juste avant les gués et une passerelle permet aux piétons de passer à pied sec. Mais on nous a dit qu’à certains moments de la journée, il y a un petit groupe de campeurs qui est là comme au spectacle pour voir la manière dont les voitures passent les deux gués … En partie pour passer le temps, (et peut-être aussi se marrer), et en partie aussi peut-être pour aider si ça se passe mal.

On a de la chance : ce matin il n’y a aucun spectateur et le niveau de l’eau est modeste : après un rapide repérage (l’eau est claire), on passe en douceur et notre Jimny dégoulinante mais sereine va se garer fièrement sur le parking caillouteux, cent mètres plus loin !
Un refuge, un baraquement de sanitaires et quelques tentes devant le front d’une coulée de lave qui s’est arrêtée là, voici le camp de Landmannalaugar (« les bains chauds des hommes de la campagne »).
Les tentes sont toutes du type igloo ou tunnel et comme on ne peut guère planter de piquets dans le sol, les campeurs attachent les ficelles à de gros blocs de pierre qui servent de lest.
Le camp de Landmannalaugar Le camp de Landmannalaugar
Au pied de la coulée de lave, une petite rivière chaude serpente en fumant dans la prairie.

Une dizaine de personnes s’y baignent dans un superbe décor. Il fait 8° dans l'air et 38° dans l'eau !
Rivières fumantes dans les prés Bain chaud naturel
Insolite : une petite visite au bâtiment sanitaire nous fait découvrir … les toilettes les plus chères du monde !
Certes, on sait que l’Islande est un pays cher, mais à 200 Ikr le coup (2,6 euros), ça dépasse l’entendement !
Comme partout en Islande, aucun contrôle, aucune surveillance … il faut juste mettre l’argent dans une boîte murale. Tous les touristes payent-ils ce prix ? On peut en douter.
Précisons tout de même que ce sont les seules toilettes payantes que nous ayons rencontrées pendant notre périple !
En tout cas, la propreté des lieux est irréprochable … comme toutes les toilettes d’Islande, où qu’elles soient.

Après un rapide casse-croûte, nous voilà partis en randonnée à pied dans le secteur.
Les toilettes les plus chères du monde !
Au début, on croise pas mal de randonneurs islandais et leur accoutrement nous fait sourire : ils se fichent complètement de leur apparence et c'est vraiment n'importe quoi, un vrai défilé de mode insolite, à défaut d'être sexy. En revanche, on reconnaît tout de suite les randonneurs français, allemands ou américains, tous au look Gore-tex dernier cri, marques célèbres, couleurs vives et coupe seyante ! Sur la coulée de lave de Landmannalaugar Vers les montagnes de Brandsgil
Il fait frais (10° environ) et le ciel est clair, mais il tombe de temps à autre une petite pluie fine et discrète.

On monte sur le front de la coulée de lave et on fait une magnifique virée vers les montagnes multicolores de Brandsgil, puis vers le champ de fumerolles sur les pentes de Brennisteinsalda.

Carte des randonnées
autour du camp
de Landmannalaugar
Brennisteinsalda Brennisteinsalda
Immensité des panoramas dont on a du mal à appréhender l'échelle …

Ici, les couleurs sont folles : les versants de rhyolite semblent être sortis de la palette d'un peintre en plein délire !
Vraiment, le Landmannalaugar est un "must" !

Pour voir des pierres de Landmannalaugar : cliquer ici
Les montagnes de rhyolite de Landmannalaugar
( les deux petits personnages en bas donnent l'échelle )
Un thé chaud préparé dans le coffre de Jimny et c’est reparti, car ce soir nous sommes attendus près de Kirkjubæjarklaustur, au delà des montagnes.
Plouf ! plouf ! on repasse les deux gués qui gardent l’entrée du camp et on reprend la piste F208 vers le Sud-Est.

Cette section est strictement réservée aux véhicules 4x4. Elle est vraiment extraordinaire, c’est sans aucun doute la piste la plus fantastique que nous ayons parcouru pendant nos 4000 km de périple islandais.

Piste réservée aux 4x4Passages à gué

Pour en savoir plus sur les passages à gué
cliquer ici
La zone traversée est extrêmement sauvage, avec des montagnes majestueuses aux flancs noirs et ravinés. C’est un secteur de hautes terres, entre deux grands glaciers, et il est souvent inondé.
La piste est en général la dernière d’Islande à ouvrir et la première à fermer, et chaque année à l’ouverture plusieurs tronçons doivent être refaits.
On se demande comment on a pu un jour envisager de tracer une piste dans cet univers !
La piste d'Eldgjá F208 La piste d'Eldgjá F208
Ici, dans un décor de création du monde, les paysages se construisent comme ils ont du le faire chez nous au pléistocène. Tout est noir mat et jaune fluo, et il y a de l’eau partout ! On croise deux gros 4x4 et on se dit en les voyant que notre Jimny est bien petite …

En quelques kilomètres, on franchit une dizaine de gués, dont deux ou trois nous donnent quelques soucis car la pluie est devenue assez forte et le courant est assez important.
Devant l’un d’entre eux on attend un bon quart d’heure pour ne pas passer seuls, mais personne n’arrive, ni dans un sens ni dans l’autre.
Comme la pluie est de plus en plus forte et qu’à cette heure de l’après midi, la fonte des glaces augmente encore le débit, on finit par se décider …
Ouf ! ça passe mais peut-être que ça a été juste, saura-t-on jamais ?

Un gué sur la piste d’Eldgjá
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Panneau gué
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Un peu plus loin, au niveau du volcan Tindafjall, la piste se retrouve carrément dans le lit de la rivière sur quelques centaines de mètres !
Ici, les gués sont partout !

Ce n'est pas que l'eau soit très profonde, mais lors des crues la rivière s'est déplacée un peu partout dans le fond de la vallée et s'est divisée en multiples chenaux ...
Mais où est donc la piste ? Que d'eau ... que d'eau !
Des tronçons de piste on été abandonnés parce qu’ils aboutissaient alors à des eaux trop profondes, d’autres voies ont été improvisées par les 4x4 un peu au feeling …
De bancs de galets en fondrières, il y a des endroits où on n’est pas tout à fait sûr de prendre les bonnes traces. De plus, il y a 4x4 et 4x4, et si on se fie aux traces laissées par certains monstres qui ont une garde au sol de 70 cm et des roues de 40 pouces, on risque d’avoir des surprises !
Comme le dit de façon plaisante le panneau avertisseur des gués : « Tire tracks don’t tell the entire story ! » (les traces de roues ne racontent pas toute l’histoire !)
Perplexité … On sort de la voiture et on se perche debout sur le bas de caisse pour essayer de voir un peu plus loin et d’y comprendre quelque chose, et finalement, avec prudence et en 4WD-Low, tout se passe bien.
Super-méga-bravo Jimny ! Ici, il s’est créé un lien fort entre toi et nous, et l’émotion qu’on ressentira en te laissant chez Hertz à Reykjavik à la fin de notre voyage répondra à ces moments intenses vécus dans les gués d’Eldgjá …
On arrive donc enfin à Eldgjá (« la faille du feu »). C’est la plus grande fissure éruptive de la planète, longue de 40 km.
Ici, le rift qui parcourt le fond de l’Atlantique apparaît au grand jour : les plaques continentales Europe et Amérique sont séparées par une balafre de la croûte terrestre dont les lèvres s’écartent de quelques centimètres par an.

Aucune vie, la tectonique à l’état brut et rien d’autre, c’est hallucinant ! Les géologues pensent qu’Eldgjá s’est formée lors d’un très violent séisme accompagné de grands épanchements de laves qui ont modifié toute la région en 934 après J.C.
On s’engage sur la piste secondaire qui pénètre dans la faille pour aller voir la cascade d’Ófærufoss.
La faille d'Eldgjá : le rift ouvert au grand jour ! ... et un gué qu'on ne franchira pas ...
La piste est bonne (sable noir) mais au bout de 2 km environ, on butte sur une rivière cette fois vraiment trop grosse pour être franchie à gué, en tout cas pas aujourd'hui.
La pluie est forte et dure depuis deux heures, il est 5 h de l'après-midi et le débit est au maximum. Il n'y a absolument personne : demi-tour sans hésitation et sans regrets. Retour à la piste F208.
Encore plusieurs gués (mineurs) à franchir et nous voici enfin au camp d’Holaskjól dans la vallée de la Skaftá. Trois tentes igloo sont là, perdues dans le froid et l’humidité. Mmmmouais ... faut aimer le camping ! ! !
On nous a dit qu’à partir d’ici la piste serait plus facile, c’est donc une halte carrément festive qu’on s’octroie avec un bon thé chaud, biscuits, figues sèches (de Nice) et chocolat noir ! Sans doute les émotions d’Eldgjá avaient provoqué un petit déficit en magnésium, non ?
En effet après le camp d’Holaskjól, c’est nettement plus facile et on descend tranquillement des montagnes de Skaftartunga jusqu’à la route n°1 où on débouche dans l’Eldhraun (« la lave du feu »), la plus vaste coulée de lave d’Islande sur la côte Sud, et une des plus grandes du monde.

La ferme d’Hunkubakkar, où nous sommes attendus ce soir, n’est qu’à quelques km d’ici, un peu avant Kirkjubæjarklaustur, au début de la piste F206 qui mène au Laki.
Kirkjubæjarklaustur : nous sommes au pays des noms imprononçables ! A la ferme, nos hôtes aussi ont des prénoms pas possibles : Hörður (sic) et Ragnaheiðhur, mais ils nous accueillent de manière fort sympathique. Ils nous donnent la clef d’un petit bungalow indépendant, avec tout le confort y compris une kitchenette bien équipée.

Notre Jimny, complètement couverte de boue, est garée devant la porte. On est assez fatigués, mais tout est bien ! Repos, soupe, fruits, douche, et dodo … Sous la couette, pendant un moment, les images et les émotions de la journée font la farandole dans nos têtes.

Strophe

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