Jour 10 : Echec Sprengisandur - Blönduós – Péninsule de Vatnsnes - Vallée de la Þjörsá     


Vendredi 11 Juillet.
Ce matin, au revoir à Þinghúsið-Hraunbær !
Un grand merci et au revoir à nos hôtes Þórdis et Jón et tous nos vœux pour le bébé à venir …

En marche Jimny ! C’est parti pour une journée très attendue et longuement préparée depuis la France : la grande traversée des hautes terres désertiques du centre de l’Islande, du Nord au Sud, par le Sprengisandur.
Après la piste du Kjölur par laquelle nous avons déjà traversé du Sud au Nord il y a six jours, la piste du Sprengisandur (carte ci-contre, pointillés rouges-blancs) est la plus célèbre du centre de l’Islande. Elle existait déjà à l’époque viking.
Les sagas et plusieurs chansons populaires racontent les aventures des voyageurs qui osaient l’emprunter à cheval. Aux dangers de la nature et du climat s’ajoutaient les risques d’être attaqué par des proscrits et des brigands qui y sévissaient parfois en été. La première traversée du Sprengisandur en voiture n’a été réalisée que dans les années trente.
Le temps est toujours aussi glacial et humide. Depuis la vallée de la Laxá, nous prenons la route 845 pour rejoindre la route n° 1 et nous voici bientôt à la station-service de Fosshóll, près des chutes de Goðafoss.
C’est d’ici que part vers le Sud l’un des trois accès à la piste du Sprengisandur, et c’est ici qu’il faut prendre la décision de s’y engager ou non.
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La piste du Sprengisandur (pointillés rouge-blanc)

Sur notre portable, le 17 77 (info état des pistes) qui est censé répondre en anglais, ne répond ce matin qu’en islandais ! Il ne nous est donc pas d’un grand secours ... On va donc demander à la station-service.
La jeune caissière de la pompe à essence que nous questionnons est assez négative, mais elle nous dit qu’à 9 h (dans dix minutes) va arriver sa collègue du comptoir « Tourist-Info » qui saura mieux nous renseigner.
La voici en effet, ponctuelle, et nous lui expliquons le choix à faire : nous devons être ce soir à la ferme de Steinsholt, près de Arnes dans la vallée de la Þjörsá au Sud-Ouest de l’Islande. Soit nous traversons par la piste intérieure du Sprengisandur (pointillé rouge- blanc sur la carte), soit nous faisons le grand détour par l’Ouest de l’Islande (tracé en rouge). En temps, ça doit être à peu près équivalent, 250 km de piste difficile par l’intérieur, contre environ 450 km de routes et pistes plus roulantes par l’Ouest.

Attentive et sérieuse, Miss « Tourist-Info » se retire à son bureau pour consulter les oracles, en l’occurrence passer un coup de téléphone aux autorités et interroger un site internet.
Au bout de trois minutes, elle revient et nous dit que « bien sûr, on fera comme on voudra …», mais que « pour ce qui la concerne, elle nous déconseille clairement la traversée car il y a eu de fortes pluies cette nuit ( ... les gués ) et maintenant c’est la neige qui tombe à Nýidalur ».

Nýidalur, c'est précisément l’endroit où notre conseillère d’hier après-midi avait téléphoné ! La vague d’air polaire s’est visiblement avancée jusque là-bas pendant la nuit et ce matin.
On savait que Nýidalur était un point critique. Ce secteur est tout proche de la calotte glaciaire du Tungnafellsjökull. On savait qu’il y avait là deux gués réputés pas commodes par temps de pluie, qu’il pouvait y faire couramment 0° en plein été et on n'ignorait pas qu’il pouvait y neiger parfois en en juillet ou en août … Mais ça fait quand même un drôle d’effet d’apprendre que c’est le cas aujourd’hui !

Aucune hésitation : à l’évidence, on décide de renoncer à la traversée du Sprengisandur. Ce serait vraiment trop aléatoire et de toutes façons, avec de telles conditions météo on n’aurait rien vu …
Merci à notre aimable conseillère, et c’est parti, sans regrets, pour le grand tour par l’Ouest !

Ceci montre qu’en Islande, on a beau préparer au maximum son voyage, on n’est jamais totalement sûr de pouvoir faire le programme prévu. Après tout, si on va dans cette île extraordinaire pour la nature, il est normal que la nature ait le dernier mot.
Nous voilà donc partis vers l’Ouest par la route n° 1. C’est les vacances pour Jimny ! 80 km/h de moyenne et du goudron, du goudron, du goudron ! Quel confort, quel luxe se dit-elle …

Voici déjà Akureyri, puis Varmahlid, puis Blönduós … Les beaux paysages du Nord de l'Islande défilent, et sur le lecteur de CD, ce sont les standards de Abba qui mettent une super ambiance dans la voiture : on chante à tue-tête en battant le rythme sur le volant et le tableau de bord ... "Waterloo !!!" et puis "Gimme, gimme, gimme a man after midnight ..."


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Sur les premiers 30 km qui nous séparent du grand fjord d'Akureyri, on circule dans une vallée dont le haut des versants est couvert de neige fraîche ... Il a neigé ici aussi, cette "nuit" ! C'est incroyable de se dire qu'on est le 11 juillet !

A Blönduós, un rayon de soleil perce les nuages … il semble que l’Ouest de l’Islande soit épargné par le mauvais temps.
On se souvient alors qu’à la ferme de Stóra-Vatnsskarð, mardi dernier, le couple de brestois avec leur fille nous avaient dit qu’ils avaient vu une colonie de phoques près d’ici.
Comme on a le temps, on va se renseigner au « Tourist Info » où une jeune fille nous montre une carte murale et nous remet un dépliant sur le secteur.
Sur ses conseils, on décide de faire le tour de la péninsule de Vatnsnes, de l’autre coté du Húnafjördur, par la piste 711.
La péninsule de Vatnsnes
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Et c’est parti ! Une magnifique virée tout le long de cette côte, où nous voyons plein de belles choses !

Au Nord-Est de la péninsule, près de Ósar, on pique-nique devant la Hvítserkur (« la chemise blanche »). C’est un immense rocher isolé dans la mer, blanchi par le guano des mouettes et des fulmars (voir carte).

Un simple rocher ? Allons ! Ne soyez pas simplistes ! Tout le monde sait qu'en fait, c'est un troll qui était en train de faire un mauvais coup et qui s’est retrouvé pétrifié lorsqu’il a été surpris par le lever du jour !
Hvítserkur : un troll pétrifié !
Il fait beau mais froid ici ! On cherche les phoques tout au Nord de la péninsule, dans la baie de Hindísvík, mais à part (triste découverte) un bébé phoque mort sur une plage, il n’y a rien … C’est plus à l’Ouest, sur des écueils au lieu-dit Stapar (voir carte), qu’on trouve la colonie. Ils dorment, immobiles et si nombreux qu’au début on les prend pour des rochers … Mais quel rassemblement ! C’est un congrès ou quoi ? Mais contrairement à la colonie de Ytri-Tunga dans la péninsule du Snaeffellsnes, ici on ne peut pas s’approcher. On se contente donc de les observer aux jumelles.
On retrouve la route goudronnée à Hvammstangi et on descend vers le Sud-Ouest où le soleil est de plus en plus beau. Mais les vues vers le centre de l’Islande (photo ci-contre) montrent un vrai ciel d’apocalypse. Heureusement qu’on n’a pas pris le Sprengisandur !

Incroyable climat islandais … il peut neiger là-bas et faire soleil ici, mais le soleil d’ici peut tout aussi bien laisser place à un vrai sale temps dans une heure. L’Islande est en plein dans la circulation atmosphérique rapide qui caractérise la zone de contact entre l’Atlantique-Nord et l’Arctique, le tout étant adouci et humidifié par le Gulf Stream au Sud-Ouest.
Les islandais ont un dicton qui en dit long sur ces caractéristiques et la manière de les vivre : « Si vous n’êtes pas content du climat, attendez cinq minutes ! » … On pourrait dire aussi : « ou allez un peu plus loin ! »
Chevaux vers Varmaland    Au fond : sale temps sur le Sprengisandur !
Arrivés à Varmaland près de Borgarnes, on fait une halte à la station-service cafétéria de Haugar, au carrefour de la route n° 1 et de la 527 qui va vers Reykholt. Il y a du monde ! C’est vendredi après-midi et la belle vallée de Reykholt est très prisée des islandais le week-end.
Il fait à peine 10 degrés mais avec ce beau soleil, ils sont tous en tenues trés estivales ! Les enfants sont en t-shirt et mangent des glaces, les jeunes mamans sont en robe à épaules nues ou jupe blanche en coton fin ! Ben quoi ? c’est l’été après tout, non ? Chez nous, avec la même température, ce serait anoraks et pulls pour tout le monde !
A partir d’ici, on décide de couper au plus court pour rejoindre la ferme de Steinsholt et cette stratégie nous fait emprunter la piste 53 puis 52 vers Þingvellir.

Bien nous en prend car c’est une révélation : cette piste qui rejoint la célèbre Kaldidalur est une splendeur !

Sous un beau soleil, absolument seuls, nous traversons des paysages sauvages et magnifiques : il faut recommander à tous ceux qui passent dans ce secteur d’emprunter cette piste, ça vaut vraiment le coup.
En rejoignant la Kaldidalur par la piste 53
En longeant le rift, on débouche dans la plaine de Þingvellir ...

Les belles mélodies des Cranberries nous accompagnent dans ce décor volcanique et tectonique ...
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La plaine de Þingvellir
On continue par Laugarvatn (piste 365).

Petit détour pour voir Skalholt, l’un des deux évêchés historiques de l’Islande, puis on rejoint la vallée de la Þjörsá où se trouve la ferme de Steinsholt, près du hameau d’Arnes, vers 20 heures.
Skalholt Steinsholt
Steinsholt est une grande ferme moderne, composée de plusieurs corps de bâtiments. Dans les cours, il y a des tracteurs, remorques, faucheuses et machines à emballer le fourrage. Il y a beaucoup de chevaux, des vaches et des moutons … Le bâtiment qui sert de guesthouse est à part.
L'accueil est plus qu’informel ! Deux adolescentes nous donnent distraitement la clé d’une chambre au 1er étage. Il semble que cette ferme soit surtout fréquentée par des gens qui font du tourisme équestre.
Contrairement à la plupart des fermes, il n’y a pas ici de « cooking facilities ». Peu importe, notre chambre est spacieuse et agréable, et on s’arrange avec notre camping-gaz.
Superbe ballade « nocturne » dans les prairies avoisinantes. Les chevaux islandais et leurs poulains sont très beaux et familiers.

D'ici, on domine la grande vallée de la Þjörsá et on a des vues fantastiques vers l’Est sur le volcan Hekla et la grande calotte glaciaire du Mýrdalsjökull éclairée par le soleil de 23 h.
Chevaux à Steinsholt    

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En savoir plus sur les chevaux islandais : cliquer ici

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